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Je m’ennuie au travail : comprendre ce que cet ennui dit de votre carrière

Photo du rédacteur: José PEREZ GABARRON
José PEREZ GABARRON
16 févr. 2025
16 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 août


Professionnel qui s’ennuie au travail et s’interroge sur son évolution de carrière


Vous avez du travail, mais plus vraiment envie de le faire. Vos journées avancent sans difficulté particulière, les tâches sont connues, les problèmes prévisibles, les réunions se succèdent et vous êtes probablement capable de remplir correctement vos obligations. Pourtant, quelque chose s’est progressivement éteint.


Vous regardez davantage l’heure. Vous repoussez des tâches qui ne sont pourtant pas compliquées. Vous avez parfois l’impression de travailler en pilote automatique. Ce qui vous demandait autrefois de réfléchir est devenu évident, et ce qui pourrait encore vous stimuler semble avoir disparu de votre quotidien.


S’ennuyer au travail n’est pas nécessairement le signe d’un bore-out, et encore moins la preuve qu’il faut immédiatement changer de métier. L’ennui peut correspondre à une période creuse, à un poste devenu trop étroit, à des compétences insuffisamment mobilisées, à un environnement qui laisse peu de place à l’initiative ou à une évolution plus profonde de ce que vous attendez désormais du travail.


La question intéressante n’est donc pas seulement :

Pourquoi est-ce que je m’ennuie ?

Elle devient :

Qu’est-ce que mon travail ne mobilise plus suffisamment chez moi, et qu’est-ce que cela implique pour la suite ?

Si cette question commence à concerner votre poste, vos compétences ou plus largement votre avenir professionnel, un bilan de compétences en ligne peut fournir un cadre pour distinguer ce qui mérite d’être ajusté de ce qui demande une évolution plus importante.



En bref

  • S’ennuyer au travail ne signifie pas nécessairement manquer de travail. On peut avoir un agenda rempli et être très peu stimulé intellectuellement ou professionnellement.

  • L’ennui peut avoir plusieurs origines : sous-charge, tâches devenues trop simples, compétences sous-utilisées, perte de sens, manque d’autonomie ou trajectoire professionnelle devenue trop étroite.

  • Bore-out et ennui professionnel ne sont pas synonymes. Le terme bore-out est utilisé pour décrire des situations plus installées où l’ennui ou la sous-charge s’accompagnent d’un véritable mal-être ; un article ne permet pas d’établir ce type de diagnostic.

  • Être compétent n’implique pas de vouloir continuer à utiliser les mêmes compétences. Certaines capacités qui ont construit votre carrière peuvent aussi devenir des compétences d’usure.

  • Avant de changer de métier, il faut identifier le niveau réel du problème : poste, environnement, métier ou trajectoire.

  • La bonne question n’est pas seulement “est-ce que je tiens encore ?” mais “est-ce que ce travail mobilise encore suffisamment la personne professionnelle que je suis devenue ?”



Ennui au travail et bore-out : ne pas tout confondre


Le mot bore-out est devenu courant pour parler de l’ennui professionnel, mais toutes les périodes de lassitude ou de sous-stimulation ne correspondent pas à cette situation.

Vous pouvez vous ennuyer parce qu’un projet vient de se terminer, parce que l’activité ralentit temporairement ou parce qu’une mission particulière est répétitive. Un nouveau projet peut alors suffire à retrouver de l’intérêt.


Le terme bore-out est plutôt utilisé lorsque l’ennui, la sous-charge ou le manque durable de stimulation s’installent et s’accompagnent d’un véritable mal-être professionnel. L’INRS évoque notamment les situations de manque ou de baisse d’activité dans le cadre des risques psychosociaux.


L’objectif de cet article n’est toutefois pas de déterminer si vous « avez » ou non un bore-out. Une telle conclusion ne peut pas être établie à partir d’une lecture ou d’un questionnaire en ligne.


Ce qui est utile professionnellement consiste plutôt à comprendre :

  • depuis combien de temps l’ennui dure ;

  • ce qui l’alimente ;

  • ce qui vous stimule encore ;

  • ce qui semble avoir disparu ;

  • si un changement du poste suffirait ;

  • ou si votre questionnement dépasse désormais votre situation actuelle.


Si l’ennui s’accompagne d’une dégradation importante et persistante de votre santé ou de votre fonctionnement quotidien, cette dimension mérite d’être évaluée avec un professionnel de santé. Ici, nous nous concentrons sur la lecture professionnelle et décisionnelle de l’ennui.



Être occupé n’est pas être stimulé


C’est probablement la distinction la plus importante.


On imagine souvent l’ennui comme une absence de tâches : peu de dossiers, de longues plages vides, rien à faire.


Cette situation existe.


Mais elle ne représente qu’une partie du problème.


Vous pouvez également avoir :

  • des emails toute la journée ;

  • des réunions ;

  • de nombreux dossiers ;

  • des délais ;

  • des demandes constantes ;

et pourtant vous ennuyer.


Pourquoi ?


Parce que la quantité d’activité et la qualité de stimulation sont deux choses différentes.


Un cadre peut consacrer quarante heures par semaine à des activités qu’il maîtrise parfaitement et ne plus rencontrer aucune situation qui l’oblige véritablement à apprendre, créer, réfléchir ou progresser.


Il n’est pas sous-chargé.


Il est sous-stimulé.


De la même manière, vous pouvez être extrêmement occupé tout en utilisant essentiellement des compétences que vous ne souhaitez plus placer au centre de votre carrière.


C’est pourquoi la phrase :

« Pourtant, j’ai beaucoup de travail »

ne suffit pas à exclure l’ennui professionnel.



Les cinq formes d’ennui professionnel

Plutôt que de considérer l’ennui comme un phénomène unique, il est plus utile de distinguer plusieurs configurations.


1. Je n’ai réellement pas assez à faire


La première forme est la plus intuitive.


Votre charge est objectivement faible. Les périodes vides sont fréquentes, les responsabilités limitées et une partie de votre énergie sert parfois davantage à donner l’impression d’être occupé qu’à produire quelque chose d’utile.


Vous pouvez alors :

  • faire durer des tâches simples ;

  • consulter régulièrement l’heure ;

  • multiplier des activités secondaires ;

  • attendre qu’on vous donne du travail ;

  • perdre progressivement l’habitude de prendre des initiatives.


La première question à vous poser est assez simple :

Si ma charge de travail augmentait réellement demain, est-ce que je retrouverais de l’intérêt ?

Si la réponse est oui, le problème est peut-être principalement lié au volume ou au contenu des missions actuelles.


2. J’ai suffisamment de travail, mais tout est devenu trop facile

C’est une situation différente.

Votre poste vous mobilisait autrefois parce qu’il demandait :

  • d’apprendre ;

  • de résoudre ;

  • d’expérimenter ;

  • de prendre des décisions nouvelles ;

  • de développer une expertise.

Avec l’expérience, beaucoup de ces difficultés ont disparu.

Vous n’êtes pas devenu moins motivé. Vous êtes peut-être simplement devenu plus compétent que ne l’exige actuellement votre poste.

Les mêmes problèmes reviennent.

Vous connaissez les réponses.

Votre environnement continue à vous demander ce que vous savez déjà parfaitement faire, alors que vous auriez besoin d’un niveau de complexité supérieur.

C’est souvent dans ce type de situation qu’apparaît la sensation :

« Je pourrais faire beaucoup plus que ce que je fais aujourd’hui. »

Lorsque cette impression devient centrale, l’article consacré à la sous-utilisation des compétences au travail permet d’approfondir cette distinction.


3. Je travaille beaucoup, mais pas avec les compétences qui m’intéressent réellement

Il existe aussi une forme d’ennui liée non pas au manque de travail, mais au mauvais travail.

Vous utilisez beaucoup de compétences, mais pas nécessairement celles que vous voulez développer.

Vos journées peuvent être dominées par :

  • l’administratif ;

  • le contrôle ;

  • les urgences ;

  • le reporting ;

  • la coordination logistique ;

  • des tâches opérationnelles répétitives.

Alors que ce qui vous stimule réellement est peut-être :

  • analyser ;

  • créer ;

  • transmettre ;

  • arbitrer ;

  • négocier ;

  • résoudre des problèmes complexes ;

  • accompagner ;

  • structurer ;

  • décider.

Dans ce cas, la question n’est pas seulement :

« Est-ce que j’ai assez de travail ? »

mais :

« Est-ce que mon travail utilise suffisamment les compétences qui ont encore de la valeur pour moi ? »

4. Je suis compétent, mais je n’ai plus envie de faire ce que je sais très bien faire

Cette situation est particulièrement importante dans une réflexion de carrière.

Nous construisons souvent notre évolution autour de nos compétences les plus reconnues.

Plus vous êtes bon dans un domaine, plus votre environnement vous sollicite pour ce domaine.

Le problème apparaît lorsque la compétence qui vous a rendu précieux devient précisément celle dont vous ne voulez plus.

Un manager peut être excellent pour reprendre des équipes en difficulté et ne plus vouloir gérer de crises.

Un commercial peut être très performant dans la négociation et ne plus vouloir exercer dans une logique de vente.

Un cadre peut être reconnu pour sa capacité à absorber les urgences et aspirer désormais à travailler sur des sujets de fond.

Le marché risque pourtant de continuer à lui proposer ce qu’il sait déjà faire.

D’où une distinction essentielle :

Une compétence maîtrisée n’est pas automatiquement une compétence que vous devez continuer à placer au centre de votre carrière.

5. Je fais correctement mon travail, mais je ne vois plus pourquoi je le fais

Enfin, l’ennui peut recouvrir une perte de sens.

Vous n’êtes pas nécessairement sous-chargé.

Les missions peuvent même être complexes.

Mais vous ne voyez plus suffisamment :

  • leur utilité ;

  • leur impact ;

  • leur cohérence avec vos valeurs ;

  • la raison de continuer à investir autant d’énergie.

L’expérience ressemble moins à :

« Je n’ai rien à faire »

qu’à :

« À quoi bon continuer à faire cela ? »

Si cette dimension domine, elle se rapproche davantage de la perte de sens ou du brown-out que de la simple sous-stimulation.



La matrice qui aide à comprendre vos compétences

Pour distinguer sous-utilisation, lassitude et besoin d’évolution, il est utile de ne pas seulement inventorier ce que vous savez faire.


Ajoutez une deuxième question :

Ai-je encore envie de le faire ?

Cela donne quatre situations.


Je veux continuer à utiliser cette compétence

Je ne veux plus la placer au centre

Je l’utilise actuellement

Capital professionnel

Compétence d’usure

Je l’utilise peu ou pas

Potentiel sous-utilisé

Compétence à laisser derrière


Votre capital professionnel

Ce sont les compétences que :

  • vous maîtrisez ;

  • vous utilisez ;

  • vous souhaitez encore développer.

Elles constituent probablement une partie de ce que vous voulez préserver dans la suite.


Vos compétences d’usure

Vous êtes bon.

Peut-être même très bon.

Mais vous ne voulez plus que votre carrière repose essentiellement sur cette capacité.

C’est une situation fréquente chez les professionnels expérimentés, parce que ce qui est facilement valorisable sur le marché n’est pas toujours ce que l’on veut encore exercer.


Votre potentiel sous-utilisé

Vous possédez une compétence, elle vous intéresse encore, mais votre poste vous donne très peu d’occasions de l’utiliser.

C’est probablement la situation la plus directement liée à l’ennui par sous-mobilisation.

Elle peut justifier :

  • un changement de périmètre ;

  • une mobilité ;

  • un projet transverse ;

  • une évolution de responsabilités ;

  • parfois un changement d’entreprise.


Les compétences que vous pouvez laisser derrière vous

Vous savez les mobiliser, mais elles ne vous intéressent plus vraiment et vous ne les utilisez presque plus.

Il n’est pas nécessaire de reconstruire artificiellement votre prochain projet autour de tout ce que vous avez appris.

Une carrière évolue également par abandon.



Pourquoi ce qui vous stimulait autrefois peut ne plus suffire

L’ennui ne signifie pas forcément que le poste s’est détérioré.


Vous avez peut-être changé.


Une fonction peut avoir été parfaitement adaptée à vos besoins pendant plusieurs années et ne plus l’être aujourd’hui.


Votre rapport :

  • au défi ;

  • à la reconnaissance ;

  • à l’autonomie ;

  • au statut ;

  • au temps ;

  • au management ;

  • au sens ;

  • à l’apprentissage

peut évoluer.


Ce qui constituait une opportunité importante à 30 ans peut sembler trop étroit quinze ans plus tard.


Ce qui vous motivait fortement auparavant — prendre des responsabilités, progresser, être reconnu, maîtriser un domaine — peut laisser place à d’autres besoins : transmettre, approfondir une expertise, gagner en autonomie, réduire la charge politique ou travailler sur des sujets qui vous semblent davantage utiles.


L’ennui peut alors signaler non pas un dysfonctionnement du poste, mais un écart croissant entre ce poste et la personne professionnelle que vous êtes devenue.


Lorsque ce sentiment dépasse l’ennui et devient une impression plus générale de décalage, l’article Je ne me sens pas à ma place au travail permet d’examiner plus précisément la question.



Votre poste vous ennuie-t-il, votre environnement ou votre métier ?


C’est probablement la distinction la plus utile avant de prendre une décision.


Votre poste est devenu trop étroit

Vous aimez encore votre domaine.

Vous vous intéressez toujours aux problèmes qu’il permet de résoudre.

Mais votre fonction actuelle manque :

  • de complexité ;

  • d’autonomie ;

  • de responsabilités ;

  • d’apprentissage ;

  • d’espace pour utiliser vos compétences.

La priorité peut alors être d’explorer une évolution du poste.


Votre environnement limite votre stimulation

Vous aimez encore votre métier, mais votre organisation :

  • laisse peu d’autonomie ;

  • ralentit toutes les initiatives ;

  • fonctionne avec des processus très lourds ;

  • offre peu de perspectives ;

  • ne permet pas d’expérimenter ;

  • utilise une faible partie de vos capacités.

Le même métier dans une autre entreprise peut produire une expérience très différente.


Votre métier lui-même ne vous intéresse plus suffisamment

Imaginez que vous puissiez exercer exactement le même métier :

  • avec un excellent manager ;

  • une bonne rémunération ;

  • davantage d’autonomie ;

  • une organisation saine.

Auriez-vous réellement envie d’y retourner ?

Si la réponse est non, le problème dépasse probablement votre entreprise actuelle.


Votre trajectoire est devenue la vraie question

Parfois, le questionnement n’est même plus :

« Quel poste me conviendrait davantage ? »

Il devient :

« Est-ce que j’ai encore envie d’organiser les prochaines années de ma vie professionnelle autour de ce type de travail ? »

À ce stade, l’ennui agit davantage comme un révélateur de trajectoire.


Si vous avez du mal à déterminer où se situe le problème, l’article Je ne sais plus où j’en suis professionnellement explore précisément cette phase où l’on sent qu’une évolution devient nécessaire sans disposer encore d’une direction claire.



La question qui aide à trancher : si votre poste devenait beaucoup plus stimulant demain, voudriez-vous rester ?


Imaginez que votre entreprise vous propose demain :

  • davantage de responsabilités ;

  • un projet intéressant ;

  • plus d’autonomie ;

  • des missions plus complexes ;

  • davantage de visibilité.

Que ressentiriez-vous ?


« Oui, cela changerait vraiment les choses »

Votre difficulté semble probablement liée au contenu actuel du poste.

Une évolution interne mérite d’être testée avant une rupture plus importante.


« Oui, mais pas dans cette entreprise »

Le métier peut encore vous convenir, mais l’environnement semble constituer une partie importante du problème.


« Je ne sais pas »

Votre ennui est peut-être devenu le symptôme d’un questionnement professionnel plus large.


« Non, même ainsi je n’en ai plus vraiment envie »

Alors le problème n’est probablement plus uniquement la stimulation.

Votre métier ou votre trajectoire mérite d’être réinterrogé.



Deuxième question : accepteriez-vous exactement le même métier dans une excellente entreprise ?


C’est un autre moyen de séparer métier et environnement.


Imaginez :

  • excellente équipe ;

  • bon management ;

  • bonnes conditions ;

  • rémunération satisfaisante ;

  • réelle reconnaissance.

Mais le métier reste exactement le même.


Accepteriez-vous avec enthousiasme ?


Si oui, votre environnement actuel est probablement une variable déterminante.


Si la réponse reste négative, il est utile de regarder plus loin.



Que pouvez-vous tester avant de partir ?


Lorsque l’ennui vient principalement du poste, tout changement n’a pas besoin de commencer par une démission.


Vous pouvez tester plusieurs ajustements :

  • demander une mission plus complexe ;

  • vous positionner sur un projet transverse ;

  • accompagner un collègue ou transmettre votre expertise ;

  • demander une évolution de périmètre ;

  • proposer une amélioration de processus ;

  • automatiser une partie des tâches répétitives ;

  • explorer une mobilité interne ;

  • reprendre une responsabilité abandonnée ;

  • développer une compétence nouvelle dans votre poste actuel.


L’objectif n’est pas de « faire encore davantage » pour supporter votre travail.


Il s’agit de tester une hypothèse :

Si mon travail devient plus riche et utilise davantage mes compétences, est-ce que mon énergie revient ?

Si oui, vous obtenez une information importante.


Si non, vous obtenez également une information importante.



Le job crafting : modifier son travail avant de modifier sa carrière


Le job crafting désigne la manière dont une personne peut parfois faire évoluer certaines dimensions de son travail sans nécessairement changer immédiatement de poste.


Cela peut concerner :

  • les tâches ;

  • les relations ;

  • la manière de percevoir la contribution ;

  • la répartition de certaines responsabilités.


Notre article sur le job crafting et la transformation du poste développe cette démarche.


Elle est particulièrement utile lorsque :

  • votre métier vous intéresse encore ;

  • certaines missions continuent à vous stimuler ;

  • votre environnement offre de la marge de manœuvre ;

  • le problème semble localisé.


Elle est beaucoup moins pertinente lorsque vous avez déjà multiplié les ajustements sans retrouver d’intérêt.


Quand les ajustements ne suffisent plus

Il arrive que vous ayez déjà essayé.


Vous avez obtenu une nouvelle mission.


Vous avez changé d’équipe.


Vous vous êtes formé.


Vous avez demandé davantage de responsabilités.


Pendant quelques semaines, l’énergie revient.


Puis le même sentiment réapparaît.


Dans ce cas, la question change.


Elle n’est plus :

« Comment rendre mon poste plus intéressant ? »

mais :

« Qu’est-ce qui ne me correspond plus dans la direction professionnelle que je suis en train de suivre ? »

Plusieurs signaux peuvent justifier une réflexion plus approfondie :

  • l’ennui persiste malgré de nouvelles missions ;

  • vos meilleures compétences restent peu utilisées ;

  • vous êtes principalement reconnu pour des compétences que vous ne voulez plus exercer ;

  • vous ne vous projetez plus dans le même métier ;

  • vous n’apprenez plus suffisamment ;

  • la perspective de continuer plusieurs années dans cette direction vous pèse davantage que l’incertitude d’un changement.


L’article Quand faire le point sur sa carrière ? permet d’aller plus loin sur ce moment où le questionnement cesse d’être ponctuel.



Auto-évaluation : qu’est-ce qui nourrit réellement votre ennui au travail ?


Répondez par écrit à ces sept questions.


  1. Si ma charge de travail augmentait demain, est-ce que mon ennui diminuerait réellement ?

  2. Quelles sont les trois tâches qui me stimulent encore ?

  3. Quelles compétences importantes possédé-je mais utilise-je rarement dans mon poste actuel ?

  4. Quelles compétences j’utilise beaucoup mais dont je ne veux plus faire le cœur de mon travail ?

  5. Si mon manager et mon entreprise changeaient mais que le métier restait identique, serais-je enthousiaste ?

  6. Est-ce que je veux davantage du même métier ou quelque chose de réellement différent ?

  7. Si rien ne changeait pendant les deux prochaines années, cette situation me semblerait-elle acceptable ?


Vos réponses peuvent faire apparaître plusieurs tendances.


Votre poste semble surtout manquer de stimulation

Vous pourriez retrouver de l’élan grâce à davantage de complexité, d’autonomie ou de responsabilités.


Vos compétences semblent insuffisamment mobilisées

Vous disposez peut-être de capacités que votre fonction actuelle utilise trop peu. Une évolution du rôle ou une mobilité peut être à explorer.


Votre environnement semble limiter votre énergie

Le métier n’est peut-être pas le principal problème. Votre organisation, votre management ou votre marge d’action peuvent peser davantage.


Votre trajectoire mérite d’être réinterrogée

Vous ne cherchez peut-être plus simplement un poste plus stimulant. Vous commencez à questionner le type de travail que vous souhaitez encore exercer.


Précaution d’emploi : cette auto-évaluation est un outil de réflexion. Elle ne permet pas d’établir un bore-out et ne constitue ni un diagnostic médical, ni un test psychologique, ni une recommandation automatique de changer de poste, d’entreprise ou de métier.


Quand l’ennui devient une question de carrière


L’ennui devient particulièrement intéressant à analyser lorsqu’il conduit à des questions comme :

  • quelles compétences ai-je réellement envie de continuer à utiliser ?

  • qu’est-ce qui me donne encore de l’énergie ?

  • ai-je besoin d’apprendre autre chose ?

  • ai-je surtout besoin d’un autre contexte ?

  • est-ce que je veux évoluer ou changer davantage ?

  • quelle place professionnelle correspondrait mieux à ce que je suis devenu ?


À ce stade, il ne s’agit plus uniquement de résoudre l’ennui.


Il s’agit de clarifier la suite.



Ce qu’un bilan de compétences peut apporter


Un bilan de compétences n’est pas nécessaire simplement parce que vous traversez une période de lassitude.


Il devient plus pertinent lorsque plusieurs dimensions se mélangent et que vous n’arrivez plus à les distinguer seul.


Par exemple :

  • vous ne savez plus si le problème vient du poste ou du métier ;

  • plusieurs compétences importantes sont sous-utilisées ;

  • vous voulez changer mais ne savez pas vers quoi ;

  • vous êtes compétent dans votre métier mais ne voulez plus continuer de la même manière ;

  • vous envisagez plusieurs scénarios sans parvenir à les comparer ;

  • vous ne voulez pas repartir de zéro mais ne savez pas comment valoriser votre expérience ailleurs.


Le bilan permet alors de croiser :

  • votre parcours ;

  • vos compétences ;

  • vos motivations ;

  • les compétences que vous souhaitez continuer à mobiliser ;

  • celles qui vous coûtent désormais trop ;

  • vos contraintes ;

  • plusieurs hypothèses professionnelles ;

  • la réalité du marché.


Il ne répond pas automatiquement :

« voici le métier que vous devez faire ».

Il permet plutôt de passer de :

« Je m’ennuie, donc il faut que je change quelque chose »

à :

« Je comprends maintenant ce qui manque et quels scénarios peuvent réellement y répondre. »


Faut-il démissionner parce que l’on s’ennuie ?


Pas automatiquement.


L’ennui peut être une raison parfaitement légitime de questionner votre situation.


Mais il ne constitue pas à lui seul un projet.


Avant de partir, essayez de distinguer :

  • ce que vous voulez quitter ;

  • ce que vous voulez conserver ;

  • ce que vous voulez retrouver ;

  • ce que vous savez transférer ailleurs ;

  • ce que vous souhaitez expérimenter avant de décider.


Une démission peut supprimer immédiatement la situation actuelle.


Elle ne garantit pas que le poste suivant sera plus stimulant.


Si l’envie de partir devient forte alors que la destination reste floue, l’article Démissionner sans savoir quoi faire après propose une méthode pour distinguer soulagement recherché et projet professionnel.


Ce qu’il faut éviter


Vous accuser de manquer de motivation

La motivation n’est pas une propriété fixe de votre personnalité.

Elle dépend aussi du contenu du travail, du niveau de défi, de l’autonomie, de la progression et de la signification donnée à ce que vous faites.


Confondre activité et stimulation

Avoir beaucoup à faire n’est pas la preuve que votre travail mobilise suffisamment vos capacités.


Chercher immédiatement une formation

Une nouvelle formation peut donner une impression de mouvement sans répondre au problème.

Commencez par comprendre ce qui manque.


Construire votre prochaine étape uniquement autour de vos compétences les plus reconnues

Vos compétences les plus fortes ne sont pas nécessairement celles que vous voulez continuer à utiliser.


Attendre que l’ennui devienne une crise

Vous n’avez pas besoin d’être totalement désengagé pour examiner la situation.

Plus le signal est encore lisible, plus il est facile de distinguer ses causes.


Ce qu’il faut retenir

S’ennuyer au travail ne signifie pas nécessairement que vous avez trop peu de tâches ou que vous êtes dans le mauvais métier.


L’ennui peut révéler :

  • une sous-charge ;

  • un niveau de difficulté devenu insuffisant ;

  • des compétences sous-utilisées ;

  • des compétences devenues usantes ;

  • un environnement qui limite votre autonomie ;

  • une perte de sens ;

  • une trajectoire devenue trop étroite.


La première question n’est donc pas :

« Comment arrêter de m’ennuyer ? »

Elle est :

« Qu’est-ce qui ne me mobilise plus suffisamment dans ce travail ? »

Puis :

« Est-ce quelque chose que je peux modifier ici, que je retrouverais ailleurs, ou qui nécessite de repenser plus largement la suite de ma carrière ? »

L’ennui n’impose aucune décision.


Mais lorsqu’il persiste, il peut fournir une information importante : votre poste continue peut-être à utiliser vos compétences, sans utiliser suffisamment ce que vous voulez désormais devenir professionnellement.



Questions fréquentes


Est-ce normal de s’ennuyer au travail ?Oui. Des périodes d’ennui ponctuelles peuvent apparaître dans presque tous les emplois. Elles deviennent plus intéressantes à analyser lorsqu’elles s’installent, reviennent malgré de nouvelles missions ou s’accompagnent d’une perte durable de motivation et de projection.


Quelle est la différence entre ennui professionnel et bore-out ?L’ennui peut être temporaire et sans conséquence importante. Le terme bore-out est utilisé pour décrire des situations plus installées liées notamment à la sous-charge ou à l’absence durable de stimulation et pouvant s’accompagner d’un véritable mal-être. Un article ou une auto-évaluation ne permet pas d’établir ce diagnostic.


Peut-on s’ennuyer alors qu’on a beaucoup de travail ?Oui. La charge et la stimulation sont différentes. Vous pouvez être très occupé par des tâches répétitives, trop simples ou mobilisant des compétences qui ne vous intéressent plus.


Pourquoi suis-je fatigué alors que mon travail n’est pas très difficile ?La fatigue professionnelle ne dépend pas uniquement de l’intensité des tâches. La frustration, le manque d’autonomie, l’effort nécessaire pour rester engagé ou le sentiment de sous-utilisation peuvent également être éprouvants. Une fatigue persistante ou importante doit cependant être abordée avec un professionnel de santé.


Comment savoir si mes compétences sont sous-utilisées ?Demandez-vous quelles capacités vous possédez et souhaitez encore mobiliser mais que votre poste sollicite rarement. Si plusieurs compétences importantes restent systématiquement hors de votre quotidien, le problème peut relever de la sous-utilisation plutôt que d’un simple manque de motivation.


Comment savoir si c’est mon poste ou mon métier qui m’ennuie ?Imaginez exercer exactement le même métier dans une excellente entreprise avec davantage d’autonomie et de reconnaissance. Si cette perspective vous attire, l’environnement ou le poste sont probablement importants. Si elle vous laisse indifférent, votre métier mérite peut-être d’être réinterrogé.


Faut-il changer d’entreprise si je m’ennuie ?Pas nécessairement. Tester une évolution du poste, une mobilité interne ou de nouvelles responsabilités peut apporter des informations utiles. Un changement devient plus pertinent lorsque les ajustements ne modifient pas durablement votre rapport au travail.


Un bilan de compétences peut-il aider lorsque je m’ennuie au travail ?Il peut être utile lorsque l’ennui révèle un questionnement plus large sur les compétences que vous voulez utiliser, votre environnement, votre métier ou votre trajectoire. Il n’a pas pour fonction de diagnostiquer un bore-out.



À propos de l’auteur

Cet article a été rédigé par José Perez Gabarron, consultant en bilan de compétences et coaching de carrière, fondateur de RH Talents. Fort de 20 ans d’expérience en ressources humaines, formé au coaching professionnel (Coaching Ways, certification ICF niveau 1) et certifié pour l’accompagnement des transitions professionnelles (France Compétences, RS5242), José utilise les outils de la psychologie du travail dans sa pratique d’accompagnement. Il a mené plus de 50 bilans de compétences au cours de sa carrière.



Sources

 
 
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