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Faut-il changer d'entreprise ? Les données pour décider en conscience

  • Photo du rédacteur: José PEREZ GABARRON
    José PEREZ GABARRON
  • 24 févr.
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 19 juin


Salarié pesant sa décision de changer d'entreprise ou de rester dans son poste actuel


Changer d'entreprise ou rester : cette question n'a rien de marginal. Selon le baromètre IFOP-Avenir Actifs 2025, 33 % des salariés envisagent de quitter leur employeur dans les deux ans, en hausse de 5 points par rapport à 2024. En Île-de-France, ce chiffre monte à 37 %.


Pourtant, cette envie de partir ne se traduit pas toujours par un départ. 58 % des salariés souhaitent évoluer au sein de leur entreprise actuelle. La question n'est donc pas binaire : partir ou rester. Elle est plus fine : dans quelle direction dois-je aller, et mon entreprise actuelle peut-elle m'y conduire ?


Cet article ne traite pas de la question plus large de changer de métier ou de la perte de sens au travail. Il se concentre sur la décision spécifique de rester chez votre employeur actuel ou de le quitter, avec les données réelles sur le salaire, la mobilité et les risques. Si votre questionnement est plus profond et touche à votre trajectoire de carrière dans son ensemble, un bilan de compétences en ligne ou un coaching de carrière vous aidera à clarifier avant de décider.



En bref


  • 33 % des salariés envisagent de changer d'entreprise dans les deux ans (IFOP-Avenir Actifs 2025, +5 points vs 2024).

  • Changer d'entreprise ne fait pas toujours gagner plus : les salariés mobiles voient leur salaire progresser de 2,9 % la première année, contre 5,7 % pour ceux qui restent (INSEE 2024). Mais pour les cadres, le changement externe rapporte +14 % en médiane (APEC).

  • La mobilité interne est sous-exploitée : 58 % des salariés veulent évoluer en interne, mais toutes les entreprises n'offrent pas ce cadre.

  • Le vrai risque n'est pas de partir ou de rester : c'est de décider sous le coup de l'émotion, sans avoir clarifié ce que l'on cherche.



Ce que disent les données sur la mobilité


Les parcours se sont accélérés


D'après l'INSEE, un salarié de moins de 35 ans reste en moyenne 3 à 4 ans dans une entreprise, contre 7 à 9 ans pour les générations précédentes. Ce n'est pas de l'instabilité : c'est une autre conception de la carrière, plus exploratoire.


En 2024, 15,9 % des salariés du privé ont quitté leur employeur, soit 2,4 points de moins que l'année précédente, dans un contexte de ralentissement de l'emploi qui limite les opportunités. Les changements de secteur d'activité et de profession sont toutefois en hausse, signe que la mobilité devient un outil de repositionnement professionnel.



L'impact financier réel d'un changement


Les données INSEE sont contre-intuitives. Les salariés qui restent dans leur entreprise voient leur salaire progresser de 5,7 % en moyenne sur un an. Ceux qui changent d'employeur n'obtiennent que 2,9 % d'augmentation dans leur nouveau poste, soit 2,8 points de moins.

Ce paradoxe s'explique : en changeant d'entreprise, on perd souvent des avantages acquis (primes d'intéressement, participation, ancienneté). La première année dans un nouveau poste est rarement la plus favorable financièrement. Et les salariés en CDI qui changent d'entreprise subissent en général une perte salariale l'année de la mobilité, selon la même étude INSEE.


Pour les cadres, le tableau est différent. Selon l'APEC, lors d'une mobilité interne, l'augmentation médiane est de 6,5 %. Lors d'un changement d'entreprise, elle atteint 14 %. Le différentiel se creuse sur le long terme, surtout pour ceux qui négocient bien leur entrée. Notre méthode pour négocier son salaire détaille cette préparation.



Ce qui motive vraiment les départs


La revalorisation financière reste le premier moteur. Mais l'argent n'explique pas tout. Le baromètre Avenir Actifs identifie d'autres moteurs : la quête de sens, le besoin de flexibilité, l'équilibre vie professionnelle-vie personnelle, et de plus en plus, l'impact de l'intelligence artificielle sur les métiers (35 % des salariés, en hausse de 6 points en un an).



Les bonnes raisons de rester


Construire une expertise reconnue


Rester plusieurs années dans une organisation permet de développer une connaissance fine des processus, de devenir une référence interne et de capitaliser sur des relations de confiance. Cette expertise est souvent invisible sur le marché externe, mais précieuse en interne.


Pour certaines carrières, notamment les postes techniques, les fonctions régaliennes ou les environnements très spécialisés, la profondeur compte autant que la diversité.



Exploiter les opportunités internes


58 % des salariés souhaitent évoluer au sein de leur entreprise. Les directions RH développent des plateformes internes, des cartographies de compétences, des passerelles métiers. Si votre entreprise investit dans la mobilité interne, partir peut signifier perdre des opportunités d'évolution accessibles sans les risques d'un changement externe. Le job crafting est d'ailleurs une manière de transformer votre poste de l'intérieur avant d'envisager un départ.



La stabilité comme choix stratégique


Dans un contexte incertain, la stabilité peut être un socle : sécurité financière, cadre permettant d'autres projets (familiaux, personnels), espace de développement sans pression de faire ses preuves. Rester n'est pas synonyme d'immobilisme. C'est parfois un choix conscient et assumé.



Les bonnes raisons de partir


Accélérer sa progression salariale


Si les données montrent une perte relative la première année pour l'ensemble des salariés, le changement d'entreprise reste le levier le plus efficace pour obtenir un saut salarial significatif chez les cadres (+14 % en médiane). Quand la reconnaissance interne ne suit plus l'engagement et que les augmentations stagnent malgré des responsabilités croissantes, la question du départ devient légitime.


Sortir d'un environnement qui ne correspond plus


On peut aimer son métier sans supporter la culture, le management ou le rythme imposé. Dans ce cas, partir n'est pas une fuite, c'est une protection. Si ce sentiment de décalage persiste, notre article changer de travail : comment savoir s'il est temps de partir vous aide à démêler fatigue passagère et signal profond.


Élargir ses compétences


Changer d'entreprise expose à d'autres méthodes, d'autres cultures, d'autres exigences. Cette diversité d'expériences renforce l'employabilité et évite l'obsolescence professionnelle, particulièrement dans les secteurs en transformation rapide. Identifier ses compétences transférables permet de voir quelles portes sont ouvertes et de mieux valoriser son parcours auprès d'un nouvel employeur.



Les risques à mesurer


Le regard des recruteurs

Changer trop souvent peut soulever des questions : instabilité, difficulté à s'engager, fuite des difficultés. Ce n'est pas le nombre de changements qui pose problème, c'est l'absence de cohérence dans le récit. Un parcours avec des mobilités fréquentes mais une logique claire sera mieux perçu qu'une succession de postes sans fil conducteur.


Le changement pour de mauvaises raisons

Partir uniquement pour fuir un malaise non identifié, par comparaison avec les autres, ou sous le coup de l'émotion peut conduire à reproduire les mêmes insatisfactions ailleurs. C'est ce que montrent les données UKG : 60 % des démissionnaires français estiment qu'ils étaient mieux dans leur poste précédent, souvent parce qu'ils avaient décidé trop vite.

Si la culpabilité vous freine, notre article sur la culpabilité de quitter son emploi peut vous aider à distinguer signal et frein. Et si la peur de vous tromper vous paralyse, la peur de se tromper en reconversion traite exactement ce blocage.



La perte d'avantages acquis


En changeant d'entreprise, on repart souvent de zéro : pas de prime d'ancienneté, pas d'intéressement la première année, période d'essai à valider, réseau interne à reconstruire. Ces coûts cachés doivent être intégrés dans la réflexion. Et si vous quittez un CDI, vérifiez vos droits : notre guide pour quitter son CDI sans perdre ses droits au chômage fait le point.



Les questions à se poser avant de décider


Avant de rester ou de partir, prenez le temps de répondre à ces questions. Est-ce que j'apprends encore dans mon poste actuel ? Mon travail a-t-il encore du sens pour moi ? Est-ce que je me projette ici dans deux ou trois ans ? Suis-je fatigué temporairement ou fondamentalement désaligné ? Qu'est-ce que je fuis vraiment si je pars ? Qu'est-ce que je perds vraiment si je reste ?


Ces questions sont souvent difficiles à explorer seul. Notre article je ne sais plus où j'en suis professionnellement peut vous aider si le flou est plus large, et décider de sa carrière sans rester bloqué dans le doute si c'est la prise de décision elle-même qui vous paralyse.


Comment clarifier sa décision


Ce que permet un bilan de compétences


Un bilan de compétences n'est pas réservé à ceux qui veulent quitter leur entreprise. Il est particulièrement utile quand on hésite entre rester et évoluer, partir et se repositionner, transformer son poste actuel, ou envisager un changement plus profond. Il permet de faire le point sur ses compétences réelles, d'identifier ses moteurs profonds, de comprendre ce qui relève du poste, du contexte ou de soi, et de transformer un doute flou en décision éclairée.


Le bilan de compétences en ligne RH Talents est conçu pour cette réflexion, entièrement à distance et finançable par le CPF. Pour les professionnels de la région PACA qui préfèrent le présentiel, le bilan de compétences à Sophia Antipolis offre un accompagnement en face à face.



Ce que permet un coaching de carrière


Parfois, la question n'est pas tant où travailler que comment se positionner : rapport à la reconnaissance, peur du risque, difficulté à poser des limites, syndrome de l'imposteur, fatigue décisionnelle. Un coaching de carrière permet de clarifier ses critères de choix, travailler sa posture et prendre une décision alignée.


Et si la conclusion est de partir, la question suivante sera de bien choisir votre prochain poste. Notre article accepter un nouvel emploi : les 10 questions avant de dire oui vous y prépare.



Questions fréquentes


Combien de temps faut-il rester dans une entreprise pour que ce soit bien vu ?

Il n'existe pas de durée idéale universelle. Les moins de 35 ans restent en moyenne 3 à 4 ans, contre 7 à 9 ans pour les générations précédentes. Ce qui compte pour les recruteurs, c'est la cohérence du parcours et la capacité à expliquer ses choix, pas la durée en soi.


Est-ce que changer d'entreprise fait vraiment gagner plus ?

Pas toujours, et pas tout de suite. L'INSEE montre que les salariés mobiles subissent une perte salariale relative la première année. Mais pour les cadres, le changement d'entreprise reste le levier le plus efficace pour une augmentation significative (+14 % en médiane selon l'APEC). Le gain dépend fortement de la négociation d'entrée.


Comment savoir si je dois évoluer en interne ou partir ?

Posez-vous la question des opportunités réelles. Si votre entreprise offre des passerelles et que des postes vous intéressent, explorez d'abord cette piste. Si les opportunités sont bloquées ou si le problème est plus profond (culture, management, sens), le départ devient une option légitime. Un bilan de compétences aide à faire cette distinction.


Est-ce que partir, c'est fuir ?

Pas nécessairement. Partir peut être un acte de courage et de lucidité. Mais partir sans comprendre ce qu'on fuit risque de reproduire les mêmes insatisfactions ailleurs. Les données montrent que 60 % des démissionnaires français regrettent leur choix, souvent parce qu'ils ont décidé trop vite. La vraie question est : qu'est-ce que je veux construire, et mon entreprise actuelle me permet-elle de le faire ?


Faut-il attendre d'avoir un autre poste avant de partir ?

Dans la plupart des cas, oui. Un départ préparé, avec un projet clair et idéalement une offre en main, réduit fortement le risque de regret. Si vous partez sans plan, notre article sur le fait de démissionner sans savoir quoi faire après pose les questions essentielles.



Sources

  • IFOP pour Avenir Actifs, Baromètre de l'évolution professionnelle 2025, enquête auprès de 4 810 actifs.

  • INSEE, "Quelles sont les motivations des changements d'employeur", Emploi, chômage, revenus du travail, édition 2024.

  • INSEE-DARES, Emploi, chômage, revenus du travail, édition 2025 (données de mobilité 2024).

  • APEC, données sur la mobilité et la rémunération des cadres, 2024-2025.

 
 
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