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Syndrome de l'imposteur au travail : comprendre, identifier et dépasser ce frein invisible

  • Photo du rédacteur: José PEREZ GABARRON
    José PEREZ GABARRON
  • 8 août 2025
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 13 heures

retrouver plaisir travail

  • 70 % des actifs ressentent le syndrome de l'imposteur au moins une fois dans leur carrière (Journal of Behavioral Science).

  • Les managers sont particulièrement exposés : 62 % d'entre eux se déclarent concernés contre 50 % de la population générale.

  • Il existe 5 profils distincts, chacun avec ses déclencheurs spécifiques.

  • Ce n'est pas une pathologie mais un frein à l'expression de son potentiel — et il se travaille.


Qu'est-ce que le syndrome de l'imposteur ?


Le syndrome de l'imposteur désigne un sentiment persistant de ne pas mériter ses succès professionnels. Les personnes concernées attribuent leurs réussites à des facteurs externes — la chance, le timing, la sympathie des autres — plutôt qu'à leurs compétences réelles.


Ce phénomène a été identifié pour la première fois en 1978 par les psychologues Pauline Rose Clance et Suzanne Imes, qui l'ont observé chez 150 femmes hautement qualifiées. Malgré des diplômes, des promotions et une reconnaissance professionnelle objective, ces femmes restaient convaincues qu'elles allaient être "démasquées".


Contrairement à un simple manque de confiance ponctuel, le syndrome de l'imposteur s'accompagne de trois caractéristiques :

Caractéristique

Manifestation

Sentiment d'imposture

Impression de tromper son entourage sur ses réelles capacités

Peur d'être démasqué

Anxiété persistante à l'idée que les autres découvrent "la vérité"

Attribution externe

Tendance systématique à expliquer ses succès par des facteurs extérieurs

Qui est concerné ? Les chiffres clés


Le syndrome de l'imposteur ne touche pas une catégorie isolée de professionnels. Les études révèlent son étendue.


Prévalence générale

Population

Taux

Source

Population générale (au moins une fois)

70 %

Journal of Behavioral Science

Population générale (forme installée)

20 %

Chassangre & Callahan, 2017

Managers français

62 %

Capital/YouGov

Population générale française

50 %

Capital/YouGov

Écarts hommes-femmes

Catégorie

Femmes

Hommes

Managers

66 %

60 %

Population générale

54 %

45 %

Source : Capital/YouGov

L'écart se resserre chez les managers, ce qui suggère que la fonction managériale elle-même génère des doutes, indépendamment du genre.


Secteurs les plus touchés

Secteur

Taux

Design et arts créatifs

87 %

Environnement et agriculture

79 %

Recherche et analyse

79 %

Juridique

74 %

Médias

73 %

Source : Instant Offices


Moments déclencheurs

Le syndrome apparaît particulièrement lors des périodes de transition : nouveau poste, promotion, lancement d'activité, prise de responsabilités. Une étude Robert Walters (2024) révèle que 30 % des managers n'ont reçu aucune formation au management avant leur prise de poste — un facteur aggravant du sentiment d'illégitimité.


Les 5 profils du syndrome de l'imposteur

La psychologue Valerie Young, co-fondatrice de l'Impostor Syndrome Institute, a identifié 5 profils distincts. Reconnaître le vôtre permet d'adapter les stratégies de dépassement.


1. Le perfectionniste

Croyance centrale : "Si ce n'est pas parfait, c'est un échec."

Le perfectionniste se fixe des objectifs extrêmement élevés. Même en atteignant 99 % de ses objectifs, il se focalise sur le 1 % manquant. Une erreur minime remet en question l'ensemble de ses compétences.

Comportements typiques

Conséquences

Difficulté à déléguer

Surcharge de travail

Vérification excessive

Procrastination

Standards impossibles

Insatisfaction chronique

Piste de travail : Adopter la règle des 80/20 — viser 80 % de qualité suffit dans la plupart des situations.


2. Le super-héros / super-femme

Croyance centrale : "Je dois exceller dans tous les domaines pour prouver ma valeur."

Ce profil cherche à être performant simultanément au travail, en famille, dans ses projets personnels. Il travaille plus que ses collègues pour se sentir légitime, au risque de l'épuisement.

Comportements typiques

Conséquences

Présence sur tous les fronts

Burn-out

Incapacité à dire non

Sacrifice de la vie personnelle

Recherche permanente de validation

Dépendance à la reconnaissance

Piste de travail : Distinguer sa valeur intrinsèque de sa productivité.


3. Le génie naturel

Croyance centrale : "Si je dois faire des efforts, c'est que je ne suis pas compétent."

Ce profil a souvent connu la facilité dans ses études ou en début de carrière. Dès qu'une tâche demande du temps ou de l'apprentissage, il interprète cette difficulté comme la preuve de son incompétence.

Comportements typiques

Conséquences

Évitement des défis complexes

Stagnation

Honte face à l'apprentissage

Abandon rapide

Refus du mentorat

Isolement

Piste de travail : Accepter que la compétence se construit par l'effort, pas uniquement par le talent inné.


4. Le soliste / individualiste

Croyance centrale : "Demander de l'aide prouve mon incompétence."

Le soliste considère que toute aide reçue diminue la valeur de sa réussite. Il préfère tout gérer seul, même au prix de l'inefficacité.

Comportements typiques

Conséquences

Refus de collaborer

Surcharge

Rejet des retours

Angles morts

Autonomie excessive

Inefficacité

Piste de travail : Considérer la collaboration comme une compétence, pas comme un aveu de faiblesse.


5. L'expert

Croyance centrale : "Je ne sais jamais assez pour me lancer."

L'expert accumule formations, certifications et lectures avant de se sentir prêt. Chaque lacune devient source d'anxiété, même dans son domaine de spécialité.

Comportements typiques

Conséquences

Formation permanente

Report des actions

Minimisation de ses acquis

Sous-exploitation de ses compétences

Peur de l'approximation

Paralysie décisionnelle

Piste de travail : Reconnaître qu'on n'a pas besoin de tout savoir pour agir utilement.


Les conséquences professionnelles


Le syndrome de l'imposteur n'est pas anodin. Ses effets sur la carrière et la santé sont documentés.


Sur la performance

Effet

Mécanisme

Procrastination

Report des tâches par peur de l'échec

Sur-travail

Compensation du doute par l'hyperactivité

Auto-sabotage

Refus d'opportunités par peur de ne pas être à la hauteur

Sous-négociation

Acceptation de salaires ou conditions inférieurs à sa valeur

Une étude de Capital/YouGov révèle que près d'un manager sur trois travaille deux fois plus pour compenser son syndrome de l'imposteur.


Sur la santé

Les recherches de Thompson, Foreman et Martin (2000) montrent que les personnes touchées rapportent davantage d'anxiété, d'affect négatif et d'inquiétude face aux erreurs. Le risque de burn-out est significativement augmenté (Cowman & Ferrari, 2002).


Sur les décisions de carrière

Le syndrome peut conduire à :

  • Refuser une promotion par peur de ne pas être à la hauteur

  • Ne pas postuler à des offres correspondant à son profil

  • Rester dans un poste insatisfaisant par crainte de l'inconnu

  • Sous-évaluer ses prétentions salariales


Comment dépasser le syndrome de l'imposteur ?


1. Identifier son profil

Le premier pas consiste à reconnaître quel mécanisme est à l'œuvre. Les 5 profils décrits ci-dessus ont chacun leurs déclencheurs et leurs solutions spécifiques.


2. Documenter ses réussites

Tenir un journal de ses accomplissements permet de contrebalancer la tendance à minimiser ses succès. Pour chaque réussite, noter :

  • Ce qui a été accompli

  • Les compétences mobilisées

  • Les retours positifs reçus


3. Reformuler ses pensées

Pensée automatique

Reformulation

"J'ai eu de la chance"

"J'ai su saisir une opportunité grâce à mes compétences"

"N'importe qui aurait pu le faire"

"J'ai été choisi pour le faire, et je l'ai fait"

"Ils vont se rendre compte"

"Ils m'ont recruté sur des critères objectifs"


4. Solliciter des retours factuels

Demander à des collègues ou anciens managers un feedback précis sur ses points forts. Ces retours constituent des preuves objectives difficiles à ignorer.


5. Accepter l'apprentissage

La compétence n'est jamais figée. Les professionnels les plus accomplis continuent d'apprendre. Ne pas tout savoir n'est pas une imposture — c'est la condition normale de tout être humain.



Quand se faire accompagner ?

Le syndrome de l'imposteur devient problématique lorsqu'il :

  • Bloque des décisions de carrière importantes

  • Génère une anxiété persistante

  • Conduit à un épuisement chronique

  • Empêche de valoriser ses compétences en entretien ou en négociation


Dans ces situations, un accompagnement structuré peut aider à :

Démarche

Apport

Bilan de compétences

Cartographie objective des acquis, identification des forces souvent minimisées, clarification du projet

Coaching de carrière

Travail sur les croyances limitantes, développement de stratégies adaptées au profil

Le bilan de compétences offre un cadre particulièrement adapté : en croisant auto-évaluation, tests validés et analyse de parcours, il permet de poser un regard factuel sur ses compétences réelles — souvent bien supérieures à ce que la personne s'attribue.


Ce qu'il faut retenir

Le syndrome de l'imposteur touche une majorité de professionnels à un moment de leur carrière. Ce n'est ni une faiblesse ni une pathologie, mais un mécanisme qui peut être compris et dépassé.


Les clés :

  • Identifier son profil parmi les 5 types

  • Documenter ses réussites pour contrebalancer le biais d'attribution

  • Reformuler ses pensées automatiques

  • Se faire accompagner si le syndrome bloque des décisions importantes


La vraie question n'est pas "Suis-je légitime ?" mais "Qu'est-ce qui m'empêche de reconnaître ma légitimité ?"


FAQ

Le syndrome de l'imposteur est-il une maladie ?

Non. Il ne figure pas dans les classifications psychiatriques (DSM-5 ou CIM-11). C'est un phénomène psychologique qui peut accompagner d'autres troubles (anxiété, dépression) mais qui n'est pas une pathologie en soi.


Les hommes sont-ils autant touchés que les femmes ?

Les études montrent des écarts modérés. Chez les managers, 66 % des femmes et 60 % des hommes se déclarent concernés. La différence principale réside dans les réactions : les femmes auraient davantage tendance à s'inhiber, les hommes à agir malgré le doute.


Peut-on s'en débarrasser définitivement ?

Le syndrome peut s'atténuer significativement avec un travail sur soi, mais il peut ressurgir lors de transitions (nouveau poste, nouvelles responsabilités). L'objectif n'est pas de l'éliminer complètement mais d'apprendre à le reconnaître et à ne plus le laisser guider ses décisions.


Le bilan de compétences aide-t-il face au syndrome de l'imposteur ?

Oui. Le bilan offre un cadre structuré pour objectiver ses compétences réelles, souvent sous-évaluées par la personne. En croisant différentes méthodes (tests, analyse de parcours, retours), il permet de poser un diagnostic factuel qui contrebalance les croyances limitantes.


Sources

  • Clance, P. R., & Imes, S. A. (1978). The imposter phenomenon in high achieving women.

  • Young, V. (2011). The Secret Thoughts of Successful Women.

  • Capital/YouGov – Étude sur le syndrome de l'imposteur chez les managers français.

  • Journal of Behavioral Science – Prévalence du syndrome de l'imposteur.

  • Robert Walters (2024) – Étude sur les cadres français.

  • Chassangre, K., & Callahan, S. (2017) – Recherches sur le syndrome de l'imposteur.

  • Thompson, T., Foreman, P., & Martin, F. (2000) – Impostor fears and reactions.

  • Instant Offices – Étude sectorielle sur le syndrome de l'imposteur.

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