top of page

Culpabilité de quitter son emploi : comprendre et dépasser ce frein

  • Photo du rédacteur: José PEREZ GABARRON
    José PEREZ GABARRON
  • 21 mai 2024
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 14 févr.


culpabilité lors du départ d'un emploi


Vous savez que vous devez partir. Vous avez toutes les bonnes raisons. Et pourtant, quelque chose vous retient : la culpabilité. Ce sentiment qui vous fait douter, repousser, vous demander si vous n'êtes pas en train de faire une erreur. Vous n'êtes pas seul. Et non, ce n'est pas un signe de faiblesse.


Un frein massif et documenté


La culpabilité liée au départ d'un emploi n'est pas une bizarrerie personnelle. C'est un phénomène de masse. Selon une enquête BVA pour la Fondation April (2022), 64% des actifs français éprouvent une culpabilité marquée lorsqu'ils envisagent un choix professionnel pour eux-mêmes.


Plus frappant encore : d'après l'Institut Montaigne (2021), 49% des personnes interrogées déclarent avoir renoncé à une reconversion par peur d'être jugées égoïstes. Près d'une personne sur deux abandonne un projet de changement professionnel à cause de ce que les autres pourraient penser.


📊 Ce que disent les données

• 64% des actifs ressentent de la culpabilité face à un choix professionnel personnel (BVA/Fondation April 2022)

• 49% ont renoncé à une reconversion par peur d'être jugés égoïstes (Institut Montaigne 2021)

• 1,85 million de démissions en France en 2024 (DARES) — preuve que partir est normal

• 8 démissionnaires sur 10 retrouvent un emploi dans les 6 mois (DARES 2022)


D'où vient cette culpabilité ?


La psychologue américaine June Tangney a introduit en 1996 le concept de « culpabilité morale ». Cette forme de culpabilité surgit lorsqu'une personne a le sentiment d'enfreindre une norme qu'elle a elle-même intériorisée — sans même que quelqu'un ne le lui reproche.


Dans le contexte professionnel, cette culpabilité a plusieurs sources distinctes.


1. La loyauté envers les collègues

Vous avez tissé des liens. Vous avez traversé des moments difficiles ensemble. Partir peut ressembler à une forme de trahison, même si rationnellement vous savez que ce n'en est pas une. Cette loyauté relationnelle est souvent le premier frein identifié.


2. La peur de « laisser tomber » l'équipe

Vous vous sentez responsable de projets en cours, de collègues qui comptent sur vous. Partir, c'est potentiellement leur compliquer la vie. Ce sentiment est renforcé dans les environnements où les équipes sont sous-dimensionnées ou sous pression.


3. Le regard de l'entourage

« Tu quittes un CDI dans cette économie ? » « Tu ne penses pas à ta famille ? » « Tu vas tout recommencer à zéro ? » Les proches, souvent par bienveillance mal placée, peuvent renforcer un sentiment de culpabilité que vous n'aviez peut-être même pas initialement.


4. L'injonction culturelle à la stabilité

En France, la culture professionnelle valorise encore fortement la stabilité et la fidélité à l'employeur. Changer, c'est parfois perçu comme un aveu d'instabilité ou d'insatisfaction chronique — alors même que la mobilité professionnelle est devenue la norme.


5. Le syndrome de « la cage dorée »

Vous avez de bonnes conditions : salaire correct, avantages, sécurité. Partir semble « ingrat » ou « capricieux » aux yeux des autres — et parfois aux vôtres. Cette situation génère une culpabilité particulièrement intense car elle s'accompagne du sentiment de « ne pas avoir le droit » de se plaindre.


Culpabilité utile ou culpabilité toxique ?


Toutes les culpabilités ne se valent pas. Certaines sont des signaux utiles, d'autres sont des freins à dépasser. La distinction est essentielle avant de prendre une décision.

Culpabilité-signal (à écouter)

Culpabilité-frein (à dépasser)

Vous avez un engagement réel non tenu (projet critique, promesse faite)

Vous vous sentez coupable sans pouvoir identifier de faute concrète

Partir maintenant causerait un préjudice objectif et évitable

Vous avez peur du jugement des autres plus que d'un réel préjudice

La culpabilité diminue si vous partez dans de meilleures conditions

La culpabilité persiste quelle que soit la manière de partir

Vous pouvez faire quelque chose de concret pour y répondre

Aucune action ne semble suffisante pour l'atténuer


La culpabilité-signal vous indique qu'il y a peut-être quelque chose à régler avant de partir : une transition à préparer, une conversation à avoir, un délai à respecter. Elle est actionnable.


La culpabilité-frein n'est pas liée à une faute réelle mais à des normes intériorisées, à la peur du jugement, ou à un sentiment excessif de responsabilité. Elle vous maintient dans une situation qui ne vous convient plus, et elle ne disparaîtra pas même si vous restez.


Les 5 questions pour clarifier votre situation


Avant de décider si votre culpabilité est un signal à écouter ou un frein à dépasser, posez-vous ces questions.

Auto-diagnostic : 5 questions clés


1. Quelle faute concrète ai-je commise ou m'apprête-je à commettre ? Si vous ne pouvez pas formuler de réponse précise, la culpabilité est probablement un frein, pas un signal.

2. À qui appartient vraiment cette attente ? Est-ce une attente que vous avez envers vous-même, ou une attente que vous prêtez aux autres (sans qu'ils l'aient jamais formulée) ?

3. Si un ami me décrivait exactement ma situation, que lui dirais-je ? Souvent, nous sommes plus lucides et bienveillants envers les autres qu'envers nous-mêmes.

4. Quel serait le « bon moment » pour partir ? Si la réponse est « jamais » ou si les conditions ne sont jamais réunies, la culpabilité sert peut-être d'excuse pour éviter le changement.

5. Que se passera-t-il si je reste encore un an, deux ans, cinq ans ? Projetez-vous dans l'avenir. Le coût de rester est-il supérieur au coût de partir ?


Dépasser la culpabilité : ce qui fonctionne


Si vous avez identifié une culpabilité-frein, voici les approches qui aident réellement à la dépasser.


1. Distinguer responsabilité et culpabilité

Vous pouvez être responsable d'une transition bien menée (préavis respecté, passation organisée, communication claire) sans être coupable de partir. La responsabilité est factuelle et limitée dans le temps. La culpabilité, elle, n'a pas de fin si vous la laissez s'installer.


2. Accepter que vous n'êtes pas irremplaçable

C'est difficile à entendre, mais c'est libérateur : l'entreprise continuera sans vous. Les projets seront repris. Les collègues s'adapteront. Vous n'êtes pas indispensable — et c'est une bonne nouvelle, car cela signifie que votre départ n'est pas une catastrophe.


3. Se rappeler que partir ouvre des opportunités

Votre départ libère un poste. Pour quelqu'un d'autre, c'est peut-être l'opportunité qu'il attendait : une promotion interne, un recrutement externe, une réorganisation bénéfique. Votre départ n'est pas qu'une perte — c'est aussi une possibilité de renouvellement pour l'équipe.


4. Préparer une transition soignée

Une culpabilité-signal peut se transformer en action concrète : documenter vos processus, former votre remplaçant, proposer un préavis adapté. Ces actions répondent à la vraie question (« comment partir bien ? ») plutôt qu'à la fausse question (« ai-je le droit de partir ? »).


5. Se faire accompagner

Quand la culpabilité devient paralysante, un regard extérieur aide à démêler ce qui relève du signal légitime et ce qui relève du frein à dépasser. C'est précisément l'un des rôles d'un bilan de compétences ou d'un coaching de carrière.


Ce que la culpabilité révèle de vous

Avant de chercher à éliminer cette culpabilité, prenez un instant pour reconnaître ce qu'elle dit de vous : vous êtes quelqu'un qui se soucie des autres. Vous n'êtes pas indifférent à l'impact de vos décisions. C'est une qualité, pas un défaut.

Le problème survient quand cette qualité devient excessive et vous empêche de prendre soin de vous-même. Comme le note la psychologue Pénélope Codello (HEC Montréal), les femmes sont particulièrement touchées par cette culpabilité professionnelle, tandis que les hommes réagissent davantage à la honte (le regard des autres). Dans les deux cas, ces émotions peuvent conduire à l'immobilisme — ou pire, au ressentéisme : rester tout en accumulant de la frustration.


Comment avancer concrètement


Si la culpabilité vous empêche de prendre une décision que vous savez nécessaire, deux types d'accompagnement peuvent vous aider.


Le bilan de compétences : clarifier avant de décider

Le bilan de compétences est particulièrement adapté si vous n'êtes pas encore certain de vouloir partir, ou si vous ne savez pas vers quoi aller. En 24 heures réparties sur plusieurs semaines, vous faites le point sur vos compétences, vos motivations et vos possibilités d'évolution.

Le bilan permet souvent de sortir du flou qui alimente la culpabilité : quand vous savez pourquoi vous voulez partir et vers quoi vous allez, la décision devient plus facile à assumer.

Chez RH Talents, nous proposons un accompagnement individualisé, en ligne ou en présentiel à Sophia Antipolis, finançable via votre CPF.


Le coaching de carrière : passer à l'action

Le coaching de carrière est adapté si vous savez que vous voulez partir, mais que quelque chose vous bloque — et que ce quelque chose inclut la culpabilité. Le coaching vous aide à identifier vos freins, à construire un plan d'action, et à passer à l'étape suivante avec confiance.

🎯 Vous hésitez à franchir le pas ?

La culpabilité peut être un frein puissant, mais elle ne doit pas devenir une prison. Un premier échange permet souvent d'y voir plus clair.

Réserver un entretien découverte gratuit pour discuter de votre situation.


Ce qu'il faut retenir

La culpabilité de quitter son emploi touche une majorité d'actifs. Elle a des sources identifiables : loyauté, peur du jugement, normes intériorisées. Elle peut être un signal utile (quelque chose à régler avant de partir) ou un frein à dépasser (une norme qui ne vous appartient pas).


Dans tous les cas, la culpabilité ne doit pas être le seul critère de décision. Si vous savez que votre situation actuelle ne vous convient plus, la question n'est pas « ai-je le droit de partir ? » mais « comment partir de manière responsable ? ».

Et si vous avez besoin d'aide pour y voir clair, des dispositifs existent pour vous accompagner. Vous n'avez pas à traverser cette transition seul.



bottom of page