Pourquoi je n'ai pas envie de retourner au travail ?
- José PEREZ GABARRON

- 12 mai 2024
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 14 févr.

Dimanche soir, la boule au ventre. Fin de vacances, l'angoisse monte. Retour de congé maternité, l'envie d'y aller n'est pas là. Ce que vous ressentez n'est pas un caprice. C'est peut-être le signe que quelque chose ne fonctionne plus dans votre vie professionnelle.
Un phénomène massif et documenté
Le « blues du dimanche soir » (ou Sunday scaries) touche 80% des professionnels selon une enquête LinkedIn. Ce n'est donc pas une faiblesse personnelle : c'est une expérience partagée par la majorité des actifs.
En France, les données vont plus loin. Le rapport Gallup 2025 révèle que seulement 8% des salariés français se déclarent engagés dans leur travail. Dit autrement : 92% des salariés français travaillent sans réel enthousiasme. La France se classe ainsi 36ᵉ sur 38 pays européens en matière d'engagement au travail.
📊 Les chiffres du mal-être au travail en France (2024-2025) • 67% des salariés vont au travail « mécaniquement ou à reculons » (Baromètre Qualisocial 2024) • 53% se déclarent désengagés (Baromètre Qualisocial 2024) • 42% déclarent manquer de sens dans leur travail (Baromètre So Many Ways 2024) • 51% sont en détresse psychologique modérée (Empreinte Humaine / OpinionWay 2024) • 40% des actifs envisagent de changer d'emploi dans les 2 ans (Audencia / Jobs That Make Sense) |
Fatigue passagère ou problème de fond : comment faire la différence ?
Tout le monde peut ressentir une réticence à reprendre le travail après une période de repos. La question n'est pas de savoir si vous ressentez cette réticence, mais ce qu'elle signifie réellement.
Fatigue passagère vs. signal d'alerte
Fatigue passagère | Signal d'alerte |
Disparaît après quelques jours de reprise | Persiste semaine après semaine |
Liée à un contexte précis (vacances, surcharge temporaire) | Présente quel que soit le contexte |
Vous savez pourquoi vous travaillez | Vous ne voyez plus le sens de ce que vous faites |
Vous avez encore des moments de satisfaction au travail | Rien ne vous motive, même ce qui vous plaisait avant |
Vous récupérez avec du repos | Même les vacances ne suffisent plus à recharger |
Les 4 causes profondes de la perte d'envie
Quand la réticence à travailler devient chronique, elle révèle généralement un décalage entre vos besoins et votre situation actuelle. Voici les quatre causes les plus fréquentes.
1. La perte de sens (brown-out)
Vous faites votre travail, mais vous ne voyez plus pourquoi. Les tâches s'accumulent, les réunions se succèdent, mais rien ne semble avoir d'impact réel. C'est ce que les spécialistes appellent le brown-out : une « baisse de tension » intérieure face à l'absurdité perçue du travail.
Ce phénomène, popularisé par l'anthropologue David Graeber avec le concept de « bullshit jobs », touche une part croissante des actifs. Selon le Baromètre QVCT 2024, 42% des salariés français déclarent manquer de sens dans leur travail. Ce n'est pas la quantité de travail qui pose problème, mais sa nature même.
2. L'épuisement (burn-out)
Vous avez donné, donné, donné. Et maintenant, il n'y a plus rien à donner. Le burn-out n'est pas une faiblesse : c'est la conséquence d'un déséquilibre prolongé entre ce qu'on vous demande et les ressources dont vous disposez.
Les chiffres sont alarmants : 34% des salariés français se déclarent en situation de burn-out ou à risque en 2024. Le stress élevé touche 53% des salariés, en hausse de 13 points par rapport à 2023 (Ignition Program). L'épuisement n'est plus un phénomène marginal.
3. Le décalage de valeurs
Votre entreprise prône des valeurs que vous ne reconnaissez pas dans les pratiques quotidiennes. Ou pire : vos propres valeurs ont évolué, et ce qui vous convenait hier ne vous convient plus aujourd'hui.
Ce décalage génère ce que les psychologues appellent la « dissonance cognitive » : un inconfort permanent entre ce que vous croyez et ce que vous faites. C'est épuisant, et c'est souvent le signe qu'une réorientation professionnelle mérite d'être envisagée.
4. L'environnement toxique
Management défaillant, conflits non résolus, manque de reconnaissance, pression constante... Un environnement de travail délétère peut transformer n'importe quel métier passionnant en calvaire quotidien.
Si chaque dimanche soir vous ressentez de l'angoisse à l'idée de retrouver certaines personnes ou certaines situations, le problème n'est peut-être pas le travail en soi, mais le contexte dans lequel vous l'exercez. C'est ce qu'on appelle le ressentéisme : vous restez, mais vous n'êtes plus là.
5 questions pour clarifier votre situation
Avant de prendre une décision, posez-vous ces questions. Elles vous aideront à distinguer ce qui relève d'un ajustement de ce qui nécessite un changement plus profond.
Les 5 questions à vous poser 1. Depuis combien de temps ressentez-vous ce mal-être ? Si c'est récent et lié à un événement identifiable (projet difficile, conflit), c'est peut-être passager. Si ça dure depuis des mois ou des années, c'est un signal. 2. Est-ce le métier ou l'environnement ? Imaginez-vous faire exactement le même travail dans un autre contexte (autre entreprise, autre équipe, autre rythme). Est-ce que ça changerait quelque chose ? 3. Qu'est-ce qui a changé ? Vous aimiez votre travail avant ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Un changement de manager ? Une réorganisation ? Une évolution de vos priorités personnelles ? 4. Avez-vous encore des moments de satisfaction ? Même rares. Si oui, quand ? Ces moments vous indiquent ce qui compte vraiment pour vous. 5. À quoi ressemblerait un travail qui vous donnerait envie d'y aller ? Pas le travail idéal fantasmé, mais un travail réaliste où vous vous sentiriez à votre place. |
Les 4 options qui s'offrent à vous
Une fois le diagnostic posé, plusieurs chemins sont possibles. Le bon choix dépend de votre situation spécifique.
Option 1 : Ajuster sans tout changer
Si le problème est localisé (une mission spécifique, un rythme inadapté, un manque de reconnaissance), il est parfois possible de négocier des ajustements : évolution de poste, changement d'équipe, aménagement du temps de travail, nouvelles responsabilités.
Pour qui ? Ceux qui aiment leur métier mais souffrent de leur contexte actuel.
Option 2 : Changer d'environnement
Même métier, autre entreprise. Parfois, c'est la culture d'entreprise, le management ou le secteur qui pose problème. Un changement d'employeur peut suffire à retrouver l'envie. Identifiez d'abord vos compétences transférables pour faciliter cette transition.
Pour qui ? Ceux dont le mal-être est clairement lié à l'environnement actuel, pas au métier.
Option 3 : Se reconvertir
Si c'est le métier lui-même qui ne vous correspond plus, une reconversion professionnelle peut être la solution. Ce n'est pas une décision à prendre à la légère : elle demande préparation, formation parfois, et une vraie réflexion sur ce que vous voulez construire.
Pour qui ? Ceux qui ont perdu le sens de leur métier, dont les valeurs ou les aspirations ont profondément évolué.
Option 4 : Prendre du recul
Parfois, la meilleure décision est de s'arrêter pour réfléchir. Un congé sabbatique, une rupture conventionnelle, un temps de pause peuvent permettre de prendre du recul et de construire la suite sereinement.
Pour qui ? Ceux qui sont épuisés, qui ne savent plus ce qu'ils veulent, qui ont besoin de temps pour se reconstruire.
Comment avancer concrètement
Face à ce type de questionnement, deux approches complémentaires peuvent vous aider à y voir clair et à passer à l'action.
Le bilan de compétences : structurer votre réflexion
Le bilan de compétences est un dispositif encadré de 24 heures qui vous permet de faire le point sur vos compétences, vos motivations et vos possibilités d'évolution. Il aboutit à un projet professionnel concret et réaliste.
Contrairement à ce qu'on croit souvent, le bilan de compétences n'est pas réservé à ceux qui veulent changer de métier. Il est aussi utile pour clarifier ce qui ne va pas et identifier les ajustements possibles dans votre situation actuelle.
Chez RH Talents, nous proposons un accompagnement individualisé, en ligne ou en présentiel à Sophia Antipolis, finançable via votre CPF.
Le coaching de carrière : passer à l'action
Le coaching de carrière est adapté si vous avez déjà une idée de ce que vous voulez, mais que vous avez besoin d'aide pour concrétiser votre projet : préparer une négociation, construire un plan d'action, surmonter des blocages, prendre une décision difficile.
🎯 Prêt à faire le point ? Vous ne savez pas encore quelle option vous correspond ? C'est normal. Un premier échange permet souvent d'y voir plus clair. ➜ Réserver un entretien découverte gratuit pour discuter de votre situation. |
Ce que votre réticence vous dit vraiment
Ne pas avoir envie de retourner au travail n'est pas un défaut de caractère ou un manque de motivation. C'est une information. Votre corps et votre esprit vous envoient un signal qu'il est important d'écouter.
La question n'est pas de « se motiver » artificiellement ou de « positiver ». La question est de comprendre ce que ce signal signifie pour vous, et d'y répondre de manière adaptée.
Parfois, un ajustement suffit. Parfois, un changement plus profond est nécessaire. Dans tous les cas, prendre le temps de comprendre avant d'agir est la meilleure façon d'éviter de reproduire les mêmes schémas ailleurs.
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