Ikigai : ce que c'est vraiment et comment l'utiliser
- José PEREZ GABARRON

- 8 juin 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 janv.

L'ikigai est devenu un concept à la mode dans le développement personnel et l'orientation professionnelle. On le présente souvent comme une méthode japonaise ancestrale pour trouver sa « raison d'être ». La réalité est plus nuancée — et plus intéressante.
Cet article clarifie ce qu'est réellement l'ikigai, ce que le modèle des 4 cercles apporte (et ses limites), et comment l'utiliser concrètement dans une réflexion de carrière.
Ce que signifie vraiment l'ikigai
En japonais, ikigai (生き甲斐) se compose de iki (vie) et gai (valeur, raison). Le terme désigne « ce qui donne de la valeur à la vie » ou « ce pour quoi on se lève le matin ».
Dans la culture japonaise, l'ikigai n'est pas nécessairement lié au travail ou à l'argent. Il peut s'agir de jardiner, de voir ses petits-enfants, de pratiquer un art. Les habitants d'Okinawa — région connue pour sa longévité exceptionnelle — évoquent souvent leur ikigai comme un ancrage quotidien simple, pas comme une quête existentielle.
Ikigai japonais vs ikigai occidental Version japonaise : ce qui donne du sens au quotidien, souvent simple et personnel, pas forcément lié au travail. Version occidentale (4 cercles) : un modèle créé dans les années 2010, croisant passion, compétences, utilité et rémunération. Utile, mais c'est une adaptation, pas une tradition ancestrale. |
Cette distinction est importante : le modèle des 4 cercles est un outil de réflexion utile, mais il ne faut pas le prendre pour une vérité philosophique millénaire.
Le modèle des 4 cercles : comment ça marche
La version occidentale de l'ikigai repose sur l'intersection de quatre dimensions :
Dimension | Question clé | Exemples |
Ce que vous aimez | Qu'est-ce qui vous fait perdre la notion du temps ? | Écrire, résoudre des problèmes, accompagner des personnes, créer... |
Ce que vous savez faire | Quelles compétences avez-vous développées ? | Gestion de projet, communication, analyse, pédagogie... |
Ce dont le monde a besoin | Quel problème pouvez-vous contribuer à résoudre ? | Accompagner les transitions, simplifier le complexe, former... |
Ce pour quoi vous pouvez être payé | Existe-t-il un marché pour cette activité ? | Emplois existants, prestations freelance, création d'activité... |
L'idée est que l'intersection des quatre cercles — là où toutes les dimensions se rejoignent — représente une activité potentiellement épanouissante et viable économiquement.
Les limites du modèle (à connaître avant de l'utiliser)
Le modèle des 4 cercles est un bon point de départ, mais il a des angles morts :
1. Il suppose que la passion préexiste. Or, la passion se développe souvent après qu'on devient compétent dans un domaine, pas avant. Attendre de « trouver sa passion » peut bloquer l'action.
2. Il peut créer une pression excessive. L'idée qu'il faudrait trouver UN métier qui coche les 4 cases peut générer de l'anxiété. Dans la réalité, beaucoup de gens trouvent du sens en combinant plusieurs activités.
3. Il ignore les contraintes. Le modèle ne dit rien sur les obligations familiales, financières, géographiques qui limitent les choix possibles.
4. Il peut être utilisé de manière superficielle. Remplir les 4 cercles en 15 minutes ne produit généralement rien d'utile. L'exercice demande du temps, de l'honnêteté et souvent un accompagnement.
Ce que l'ikigai apporte vraiment
Malgré ses limites, le modèle des 4 cercles reste utile comme outil de questionnement. Il force à se poser des questions qu'on évite souvent :
• Est-ce que j'aime vraiment ce que je fais, ou est-ce que je m'y suis habitué ?
• Quelles compétences ai-je réellement (pas seulement celles de ma fiche de poste) ?
• Est-ce que mon travail répond à un besoin qui me semble important ?
• Est-ce que je suis rémunéré à la hauteur de ma contribution ?
Ces questions peuvent révéler des déséquilibres : quelqu'un peut être compétent et bien payé, mais avoir perdu tout intérêt pour son travail. Ou quelqu'un peut être passionné par un sujet sans avoir trouvé comment en vivre. L'ikigai permet de nommer ce qui manque.
Comment l'ikigai est utilisé dans un bilan de compétences
Dans le cadre d'un bilan de compétences, l'ikigai n'est pas utilisé comme un exercice isolé qu'on remplit en début de parcours. Il intervient généralement en phase d'investigation ou de synthèse, une fois que le travail d'exploration a été fait.
Concrètement :
1. Identification des compétences : le cercle « ce que vous savez faire » est alimenté par le travail sur les compétences transférables, pas par une simple intuition.
2. Exploration des valeurs et motivations : le cercle « ce que vous aimez » est précisé par des exercices sur les valeurs, les sources d'énergie et les irritants.
3. Confrontation au réel : le cercle « ce pour quoi vous pouvez être payé » est validé par des enquêtes métiers et une analyse du marché, pas par des suppositions.
4. Synthèse : l'ikigai devient alors un outil de visualisation qui permet de voir où se situent les recoupements — et où il reste du travail à faire.
Utiliser l'ikigai seul : ce qui fonctionne
Si vous voulez explorer l'ikigai par vous-même, voici quelques conseils pour éviter l'exercice superficiel :
Prenez du temps. Étalez l'exercice sur plusieurs jours ou semaines. Notez ce qui vous vient, laissez reposer, revenez-y.
Soyez spécifique. « J'aime aider les gens » est trop vague. Précisez : aider comment ? qui ? dans quel contexte ?
Demandez des feedbacks. Interrogez des proches ou anciens collègues sur vos forces. On a souvent des angles morts sur soi-même.
Testez. L'ikigai ne se trouve pas uniquement par la réflexion. Essayez des activités, faites des enquêtes métiers, explorez.
Acceptez l'imperfection. Vous ne trouverez peut-être pas une intersection parfaite. C'est normal. L'objectif est d'avancer, pas de trouver LA réponse définitive.
Ce qu'il faut retenir
L'ikigai — dans sa version occidentale des 4 cercles — est un outil de questionnement, pas une formule magique. Il aide à structurer une réflexion sur ce qu'on veut faire de sa vie professionnelle, à condition de l'utiliser avec rigueur et honnêteté.
Seul, il peut amorcer une réflexion. Accompagné — dans le cadre d'un bilan de compétences ou d'un coaching — il devient un outil puissant de clarification et de décision.
Pour aller plus loin
• Mogi, K. (2017). The Little Book of Ikigai. Quercus.
• García, H. & Miralles, F. (2016). Ikigai: The Japanese Secret to a Long and Happy Life. Penguin.
• Note : le diagramme des 4 cercles est souvent attribué à tort à la culture japonaise. Il a été créé par Marc Winn en 2014, combinant l'ikigai avec un diagramme de Venn préexistant.
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