Démissionner sans savoir quoi faire après : ce que personne ne vous dit
- José PEREZ GABARRON

- il y a 1 jour
- 7 min de lecture

L'envie de partir est là. Le projet, non.
Vous savez que vous voulez quitter votre travail. Vous le savez depuis des mois, peut-être des années. Le matin, vous vous levez avec une boule au ventre. Le dimanche soir, l'angoisse revient. Vous tenez, mais vous ne vivez plus vraiment.
Et pourtant, vous restez. Parce que vous n'avez pas de plan B. Pas de nouveau poste en vue. Pas de projet de reconversion ficelé. Juste cette certitude diffuse : ce n'est plus ici que vous voulez être.
Cette situation touche beaucoup plus de monde qu'on ne l'imagine.
Selon l'IFOP, 53% des salariés français ont songé à démissionner ces dernières années. Mais entre l'envie et l'acte, il y a un gouffre. La plupart restent, non par choix, mais par défaut. Parce qu'ils ne savent pas vers quoi aller.
Ce que montrent les données sur ceux qui partent sans projet
Les chiffres de la démission en France sont parlants. En 2024, 1,85 million de salariés ont démissionné de leur CDI selon la Dares et l'Insee. C'est un niveau historiquement élevé, même si légèrement en retrait par rapport au pic de 2022-2023.
Mais le plus intéressant, ce n'est pas le nombre de départs. C'est ce qui se passe après.
Une étude UKG/Morning Consult révèle que 62% des Français qui ont changé de travail pendant la période post-Covid estiment qu'ils étaient davantage satisfaits dans leur ancien poste. Six sur dix. Et selon l'étude américaine Joblist, 42% des personnes qui ont quitté leur emploi pendant la "grande démission" disent que leur nouvel emploi n'a pas répondu à leurs attentes.
Ces chiffres ne signifient pas qu'il ne faut pas partir. Ils signifient que partir sans clarté est un risque réel.
Pourquoi tant de démissions se transforment en regrets
Les témoignages de personnes qui regrettent leur départ suivent souvent le même schéma.
La fuite sans destination. On quitte quelque chose, mais on ne va pas vers quelque chose. Le soulagement des premiers jours laisse place à une forme de vide. Sans projet, la liberté retrouvée devient rapidement anxiogène.
La confusion entre malaise et projet. Savoir ce qu'on ne veut plus n'est pas la même chose que savoir ce qu'on veut. Beaucoup de démissionnaires confondent les deux. Ils pensent que quitter le problème résoudra tout. Mais le problème les suit parfois dans le poste suivant.
L'idéalisation de "l'après". Les récits de reconversions réussies sur LinkedIn créent une illusion. Tout paraît simple, fluide, évident. La réalité est souvent plus chaotique. Les articles qui racontent les échecs sont rares. Pourtant, ils existent.
La pression financière mal anticipée. Sans indemnités chômage (la démission simple n'y ouvre pas droit, sauf cas spécifiques), sans épargne suffisante, la recherche d'emploi se fait dans l'urgence. Et l'urgence pousse à accepter n'importe quoi, parfois pire que ce qu'on a quitté.
Ce qui différencie une démission réussie d'une démission regrettée
Les données montrent aussi l'autre versant : ceux qui réussissent leur transition.
Selon l'Observatoire des Transitions Professionnelles, 83% des personnes accompagnées dans leur changement de carrière affirment que leurs nouvelles conditions de travail sont meilleures qu'avant. 92% ont concrétisé leur projet ou poursuivent activement leur reconversion six mois après leur formation.
La différence entre les deux groupes n'est pas le courage de partir. C'est la clarté avant de partir.
Ceux qui réussissent ont généralement pris le temps de comprendre ce qu'ils fuyaient vraiment, pas juste un poste mais parfois un mode de fonctionnement, un type de management, un secteur, ou même une posture personnelle. Ils ont identifié ce qu'ils cherchaient, pas un poste idéal abstrait mais des critères concrets comme autonomie, sens, équilibre, reconnaissance, apprentissage. Ils ont exploré les options réalistes avant de sauter, pas après. Ils se sont fait accompagner au lieu de réfléchir seuls dans leur coin.
Les questions à se poser avant de démissionner
Avant de poser votre démission, certaines questions méritent une réponse honnête.
Est-ce le poste, l'entreprise, ou le travail lui-même ? Si c'est le poste ou l'entreprise, changer d'environnement peut suffire. Si c'est le travail lui-même, le contenu, les tâches, le métier, la réflexion est plus profonde. Notre article sur changer d'entreprise ou rester peut vous aider à clarifier.
Qu'est-ce que je fuis exactement ? Un manager toxique ? Une surcharge chronique ? Un manque de reconnaissance ? Une perte de sens ? Le problème reviendra-t-il dans un autre contexte si je ne le nomme pas clairement ?
Qu'est-ce que je ne suis plus prêt à accepter ? Cette question par la négative est souvent plus facile à répondre. Elle dessine en creux ce que vous cherchez.
Ai-je les moyens financiers de partir sans filet ? Combien de mois pouvez-vous tenir sans revenu ? Cette réalité conditionne votre marge de manœuvre.
Ai-je exploré toutes les options dans mon entreprise actuelle ? Mobilité interne, changement de poste, négociation de conditions, rupture conventionnelle plutôt que démission sèche.
La rupture conventionnelle : une option souvent sous-estimée
Beaucoup de personnes pensent "démission" quand elles veulent partir, sans envisager la rupture conventionnelle.
Les données Dares montrent que 515 000 ruptures conventionnelles ont été signées en 2024. Ce n'est pas marginal.
La rupture conventionnelle présente plusieurs avantages : elle ouvre droit aux allocations chômage, elle donne du temps pour réfléchir, elle évite la pression financière qui pousse à des décisions précipitées.
Elle n'est pas garantie puisqu'elle nécessite l'accord de l'employeur. Mais elle se négocie. Et dans un contexte où vous êtes en poste, vous avez un pouvoir de négociation que vous perdez une fois parti.
Le dispositif "démission-reconversion" : ce qu'il faut savoir
Depuis 2019, il existe un dispositif permettant de démissionner tout en conservant ses droits au chômage, à condition d'avoir un projet de reconversion validé.
Le principe : vous devez avoir un projet réel et sérieux de reconversion professionnelle ou de création d'entreprise, validé par une commission (CPIR). En échange, vous bénéficiez de l'allocation de retour à l'emploi pendant votre transition.
Ce dispositif impose de construire un projet avant de partir, pas après. C'est précisément ce qui fait sa force : il oblige à la clarté.
Pour y accéder, il faut être en CDI depuis au moins 5 ans (pas forcément chez le même employeur), avoir un projet validé par un Conseil en Évolution Professionnelle (CEP), et obtenir l'accord de la commission.
Pourquoi un bilan de compétences avant de démissionner
Le bilan de compétences n'est pas réservé à ceux qui ont déjà un projet. Il est particulièrement utile quand on n'en a pas.
Il permet de mettre des mots sur ce qui ne va pas, pas seulement "je n'en peux plus" mais une analyse structurée de ce qui dysfonctionne. D'identifier vos compétences transférables, celles que vous pourrez mobiliser ailleurs, dans d'autres contextes, d'autres métiers. Notre article sur les compétences transférables détaille cette démarche.
Le bilan permet aussi de clarifier vos critères de choix pour la suite, pas un poste idéal abstrait mais des éléments concrets comme le type d'environnement, le niveau d'autonomie, le sens, l'équilibre. D'explorer des pistes réalistes, confrontées au marché, pas des fantasmes. Et de prendre une décision éclairée, qu'il s'agisse de partir, de rester, ou de négocier une évolution.
Un bilan de compétences en ligne se fait en parallèle de votre activité, sans que votre employeur le sache. C'est un investissement de quelques semaines qui peut éviter des mois, voire des années, d'errance.
Pour les professionnels de la région PACA, un bilan de compétences à Sophia Antipolis offre un accompagnement en présentiel dans un cadre propice à la réflexion.
Quand partir devient nécessaire, même sans projet
Il existe des situations où attendre n'est pas une option.
Si vous êtes en burn-out ou en risque de burn-out, votre santé passe avant tout projet. Dans ce cas, un arrêt maladie peut être nécessaire avant toute décision. Notre article sur la différence entre ennui au travail et burn-out peut vous aider à évaluer votre situation.
Si vous subissez du harcèlement ou une situation de souffrance avérée, partir peut être vital, même sans filet.
Mais même dans ces cas extrêmes, il vaut mieux partir avec un minimum de préparation (épargne de sécurité, premiers contacts avec France Travail, médecin du travail informé) que de démissionner sur un coup de tête un lundi matin.
Ce qui aide vraiment à y voir clair
Trois leviers concrets pour avancer :
Poser les choses par écrit. Ce que vous ne supportez plus. Ce qui vous manque. Ce qui vous fait envie. L'écrit oblige à la précision. Les pensées qui tournent dans la tête restent floues tant qu'elles ne sont pas formulées.
Parler à des gens qui ont changé. Pas pour copier leur parcours, mais pour comprendre comment ils ont réfléchi, ce qu'ils ont anticipé, ce qu'ils auraient fait différemment. Les témoignages réels sont plus utiles que les articles inspirationnels.
Se faire accompagner. Un bilan de compétences, un coaching de carrière, un CEP gratuit. Le regard extérieur d'un professionnel permet de voir ce qu'on ne voit pas seul. 83% des personnes accompagnées sont satisfaites de leur transition. Ce n'est pas un hasard.
Questions fréquentes
J'ai vraiment envie de partir mais je n'ai aucune idée de ce que je veux faire. C'est normal ?
Oui. C'est même très fréquent. Le malaise est clair, le projet ne l'est pas. C'est précisément le moment où un accompagnement est le plus utile. Le bilan de compétences existe pour ça : transformer un "je ne peux plus" en "voilà ce que je veux".
Est-ce que je peux faire un bilan de compétences sans que mon employeur le sache ?
Oui. Si vous utilisez votre CPF en dehors du temps de travail, votre employeur n'est pas informé. Le bilan en ligne se prête particulièrement bien à cette discrétion.
Combien de temps faut-il prévoir entre la décision de partir et le départ effectif ?
Il n'y a pas de règle universelle. Mais les personnes qui réussissent leur transition prévoient généralement plusieurs mois de préparation. Le temps de clarifier le projet, d'explorer les options, de sécuriser les aspects financiers, de négocier éventuellement une rupture conventionnelle.
Est-ce que démissionner sans projet est toujours une erreur ?
Pas toujours. Dans certaines situations de souffrance aiguë, partir est nécessaire. Mais les données montrent que partir sans clarté augmente significativement le risque de regret. Prendre quelques semaines pour clarifier avant de sauter n'est jamais du temps perdu.
J'ai peur de regretter si je pars, mais aussi de regretter si je reste. Comment trancher ?
Cette paralysie est classique. Elle vient souvent du fait qu'on raisonne en binaire : partir ou rester. En réalité, il existe des options intermédiaires : évoluer en interne, négocier ses conditions, préparer une transition progressive. Un accompagnement aide à voir ces nuances.
Vous avez envie de partir mais vous ne savez pas vers quoi ?
Un bilan de compétences vous aide à transformer ce malaise en projet concret, avant de prendre une décision que vous pourriez regretter.
Sources : Dares 2024-2025, Insee, IFOP, Étude UKG/Morning Consult, Joblist, Observatoire des Transitions Professionnelles 2024, France Travail.
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