Démissionner sans savoir quoi faire après
- José PEREZ GABARRON

- 17 mars
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 juin

Vous savez que vous voulez quitter votre travail. Vous le savez depuis des mois, peut-être des années. Le matin, vous vous levez avec une boule au ventre. Le dimanche soir, l'angoisse revient. Vous tenez, mais vous ne vivez plus vraiment.
Et pourtant, vous restez. Parce que vous n'avez pas de plan B. Pas de nouveau poste en vue. Pas de projet de reconversion ficelé. Juste cette certitude diffuse : ce n'est plus ici que vous voulez être.
Cette situation touche beaucoup plus de monde qu'on ne l'imagine. Selon l'IFOP, 53 % des salariés français ont songé à démissionner ces dernières années. Mais entre l'envie et l'acte, il y a un gouffre. La plupart restent, non par choix, mais par défaut. Parce qu'ils ne savent pas vers quoi aller.
Cet article ne traite pas de la question "dois-je rester ou partir ?", que nous abordons avec des données dans faut-il changer d'entreprise. Il traite d'une situation plus spécifique : vous avez déjà tranché intérieurement, mais vous n'avez pas de projet. Voici ce que disent les données, les alternatives à la démission sèche, et la méthode pour avancer. Si vous voulez structurer cette réflexion maintenant, le bilan de compétences en ligne RH Talents se fait en parallèle de votre activité, sans que votre employeur le sache.
En bref
1,85 million de salariés ont démissionné de leur CDI en 2024 (DARES/INSEE), en baisse de 6 % par rapport à 2023.
60 % des Français qui ont changé de travail dans la précipitation estiment qu'ils étaient mieux avant (étude UKG). Le risque de regret est réel.
La démission simple n'ouvre pas droit au chômage, sauf cas spécifiques. La rupture conventionnelle (515 000 signées en 2024) et la démission-reconversion sont des alternatives à connaître.
Ce qui distingue une démission réussie d'une démission regrettée, ce n'est pas le courage de partir. C'est la clarté avant de partir.
Ce qui se passe quand on part sans projet
Les chiffres de la démission en France sont clairs. En 2024, 1 850 100 salariés ont démissionné de leur CDI selon la DARES et l'INSEE. C'est un niveau qui reste élevé, même si la tendance est à la baisse par rapport au pic de 2022-2023.
Mais le plus intéressant, ce n'est pas le nombre de départs. C'est ce qui se passe après.
L'étude UKG révèle que 60 % des Français qui ont changé de travail dans la foulée du mouvement post-Covid estiment qu'ils étaient davantage satisfaits dans leur ancien poste. Six sur dix. Et au niveau mondial, plus de quatre démissionnaires sur dix disent que leur nouvel emploi n'a pas répondu à leurs attentes.
Ces chiffres ne signifient pas qu'il ne faut pas partir. Ils signifient que partir sans clarté est un risque réel, et que ce risque se matérialise souvent par un regret non pas d'avoir voulu changer, mais de ne pas avoir suffisamment préparé le changement.
Pourquoi tant de démissions se transforment en regrets
Les témoignages de personnes qui regrettent leur départ suivent presque toujours le même schéma.
La fuite sans destination.
On quitte quelque chose, mais on ne va pas vers quelque chose. Le soulagement des premiers jours laisse place à une forme de vide. Sans projet, la liberté retrouvée devient rapidement anxiogène. C'est le mécanisme que nous décrivons dans notre article sur la peur de se tromper en reconversion : l'absence de direction nourrit l'angoisse.
La confusion entre malaise et projet.
Savoir ce qu'on ne veut plus n'est pas la même chose que savoir ce qu'on veut. Beaucoup de démissionnaires confondent les deux. Ils pensent que quitter le problème résoudra tout. Mais le problème les suit parfois dans le poste suivant, parce qu'il n'a jamais été clairement nommé.
L'idéalisation de "l'après".
Les récits de reconversions réussies sur les réseaux créent une illusion de fluidité. La réalité est souvent plus lente, plus incertaine, plus exigeante. Notre article sur le piège du métier passion décrit ce mécanisme d'idéalisation.
La pression financière mal anticipée.
Sans indemnités chômage (la démission simple n'y ouvre pas droit, sauf cas spécifiques), sans épargne suffisante, la recherche d'emploi se fait dans l'urgence. Et l'urgence pousse à accepter n'importe quoi, parfois pire que ce qu'on a quitté. Notre guide pour quitter son CDI sans perdre ses droits au chômage fait le point sur les options.
Les questions à se poser avant de démissionner
Avant de poser votre démission, certaines questions méritent une réponse franche.
Est-ce le poste, l'entreprise, ou le métier lui-même ?
Si c'est le poste ou l'entreprise, changer d'environnement peut suffire. Si c'est le métier, la réflexion est plus profonde. Notre diagnostic en 5 questions vous aide à trancher.
Qu'est-ce que je fuis exactement ?
Un manager difficile ? Une surcharge chronique ? Un manque de reconnaissance ? Une perte de sens ? Le problème reviendra-t-il dans un autre contexte si je ne le nomme pas clairement ? Si vous n'arrivez pas à répondre, notre article je ne me sens pas à ma place au travail peut vous aider à identifier la nature du décalage.
Qu'est-ce que je ne suis plus prêt à accepter ?
Cette question par la négative est souvent plus facile. Elle dessine en creux ce que vous cherchez.
Ai-je les moyens financiers de partir sans filet ?
Combien de mois pouvez-vous tenir sans revenu ? Cette réalité conditionne toute votre marge de manœuvre.
Ai-je exploré toutes les options dans mon entreprise actuelle ?
Mobilité interne, changement de poste, job crafting, négociation de conditions, rupture conventionnelle plutôt que démission sèche.
La rupture conventionnelle : une alternative souvent sous-estimée
Beaucoup de personnes pensent "démission" quand elles veulent partir, sans envisager la rupture conventionnelle.
Les données DARES montrent que 515 000 ruptures conventionnelles ont été signées en 2024. Ce n'est pas marginal.
La rupture conventionnelle ouvre droit aux allocations chômage, donne du temps pour réfléchir, et évite la pression financière qui pousse à des décisions précipitées. Elle n'est pas garantie puisqu'elle nécessite l'accord de l'employeur. Mais elle se négocie. Et tant que vous êtes en poste, vous avez un pouvoir de négociation que vous perdez une fois parti. Si votre employeur refuse, notre article sur les alternatives quand la rupture conventionnelle est refusée détaille les autres voies.
Le dispositif démission-reconversion
Depuis 2019, il est possible de démissionner tout en conservant ses droits au chômage, à condition d'avoir un projet de reconversion ou de création d'entreprise validé en amont.
Les conditions : être en CDI et justifier d'au moins 5 ans d'activité salariée continue, avoir un projet validé par un Conseil en Evolution Professionnelle (CEP, service gratuit), et obtenir l'accord de la commission paritaire (CPIR).
Ce dispositif impose de construire un projet avant de partir, pas après. C'est précisément ce qui fait sa force : il oblige à la clarté. Et pour les salariés en CDI qui ne veulent pas démissionner du tout, le CDD de reconversion, entré en vigueur en 2026, permet de tester un nouveau métier tout en conservant un droit de retour.
Pourquoi clarifier avant de partir
Ce qui distingue une démission réussie d'une démission regrettée, ce n'est pas le courage de partir. C'est la clarté avant de partir.
Ceux qui réussissent leur transition ont généralement pris le temps de comprendre ce qu'ils fuyaient vraiment, pas seulement un poste mais parfois un mode de fonctionnement, un type de management, un secteur, ou même une posture personnelle. Ils ont identifié ce qu'ils cherchaient, pas un poste idéal abstrait mais des critères concrets : autonomie, sens, équilibre, reconnaissance, apprentissage. Ils ont exploré les options réalistes avant de sauter, pas après. Et ils se sont fait accompagner au lieu de réfléchir seuls.
Un bilan de compétences permet de mettre des mots sur ce qui ne va pas, d'identifier vos compétences transférables, de clarifier vos critères de choix pour la suite, d'explorer des pistes confrontées au marché, et de prendre une décision éclairée. Quelques semaines de préparation peuvent éviter des mois d'errance.
Quand partir devient nécessaire, même sans projet
Il existe des situations où attendre n'est pas une option. Si vous êtes en burn-out ou en risque de burn-out, votre santé passe avant tout projet. Un arrêt de travail peut être nécessaire avant toute décision. Notre article sur la différence entre ennui au travail et burn-out peut vous aider à évaluer votre situation. Si vous subissez du harcèlement ou une situation de souffrance avérée, partir peut être vital.
Mais même dans ces cas, il vaut mieux partir avec un minimum de préparation (épargne de sécurité, contact avec France Travail, médecin du travail informé) que de démissionner sur un coup de tête un lundi matin.
Ce qui aide vraiment à avancer
Poser les choses par écrit. Ce que vous ne supportez plus. Ce qui vous manque. Ce qui vous fait envie. L'écrit oblige à la précision. Les pensées qui tournent dans la tête restent floues tant qu'elles ne sont pas formulées.
Parler à des gens qui ont changé. Pas pour copier leur parcours, mais pour comprendre comment ils ont réfléchi, ce qu'ils ont anticipé, ce qu'ils auraient fait différemment.
Se faire accompagner. Bilan de compétences, CEP gratuit, coaching. Le regard extérieur d'un professionnel permet de voir ce qu'on ne voit pas seul. Si vous hésitez sur le moment, notre article quand faire un bilan de compétences vous aide à décider.
Questions fréquentes
J'ai envie de partir mais aucune idée de ce que je veux faire. C'est normal ?
Oui. C'est même très fréquent. Le malaise est clair, le projet ne l'est pas. C'est précisément le moment où un accompagnement est le plus utile : transformer un "je ne peux plus" en "voilà ce que je veux".
Puis-je faire un bilan de compétences sans que mon employeur le sache ?
Oui. Si vous utilisez votre CPF en dehors du temps de travail, votre employeur n'est pas informé. Le format en ligne est particulièrement adapté à cette discrétion.
Combien de temps prévoir entre la décision de partir et le départ effectif ?
Il n'y a pas de règle universelle. Mais les personnes qui réussissent leur transition prévoient généralement plusieurs mois de préparation : clarifier le projet, explorer les options, sécuriser les aspects financiers, négocier éventuellement une rupture conventionnelle.
Démissionner sans projet est-il toujours une erreur ?
Pas toujours. Dans certaines situations de souffrance aiguë, partir est nécessaire. Mais les données montrent que partir sans clarté augmente fortement le risque de regret (60 % des démissionnaires post-Covid estiment qu'ils étaient mieux avant). Prendre quelques semaines pour clarifier n'est jamais du temps perdu.
J'ai peur de regretter si je pars, mais aussi de regretter si je reste. Comment trancher ?
Cette paralysie est fréquente. Elle vient souvent du raisonnement binaire : partir ou rester. En réalité, des options intermédiaires existent : évoluer en interne, négocier ses conditions, préparer une transition progressive, tester un nouveau métier via le CDD de reconversion. Notre article décider de sa carrière sans rester bloqué traite ce blocage.
La rupture conventionnelle est-elle toujours préférable à la démission ?
Financièrement, oui dans la grande majorité des cas, puisqu'elle ouvre droit aux allocations chômage et donne du temps. Mais elle nécessite l'accord de l'employeur. Si cet accord est impossible, le dispositif démission-reconversion permet de démissionner avec droits au chômage, à condition d'avoir un projet validé.
Sources
DARES/INSEE, "Embauches et fins de contrat dans le secteur privé", Emploi, chômage, revenus du travail, édition 2025. Données 2024 : 1 850 100 démissions de CDI, 515 000 ruptures conventionnelles.
UKG, étude sur les démissionnaires, relayée par Maddyness.
IFOP, données sur l'intention de démission des salariés français.
Code du travail, articles relatifs à la démission-reconversion (L. 5422-1 et suivants).



