Fin de carrière : comment réorienter vos dernières années professionnelles
- José PEREZ GABARRON

- 26 avr. 2024
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 janv.

Vous avez 55 ans, peut-être 58 ou 60. Devant vous : encore 5, 7, peut-être 10 ans de vie professionnelle. Ce n'est pas rien. C'est l'équivalent de deux postes complets, d'une reconversion aboutie, d'un projet entrepreneurial mené à terme.
Pourtant, beaucoup de personnes à ce stade se sentent coincées. Trop vieilles pour changer, pas assez proches de la retraite pour « tenir ». L'horizon semble à la fois trop court pour entreprendre et trop long pour subir.
Cette période de fin de carrière est en réalité stratégique. C'est souvent la première fois depuis des années où l'on dispose à la fois de l'expérience, de la clarté sur ce qu'on veut (et ne veut plus), et parfois d'une certaine liberté financière.
Cet article s'adresse à ceux qui refusent de « finir » leur carrière en mode automatique. Qui veulent que ces dernières années comptent — professionnellement.
Les 55-64 ans : une réalité qui change
Commençons par les faits. Le marché du travail des seniors n'est plus celui d'il y a 20 ans.
Les données 2024-2025 (DARES, INSEE) :
• 60,4% des 55-64 ans sont en emploi — record historique depuis 1975
• 77,8% des 55-59 ans travaillent
• 42,4% des 60-64 ans sont en emploi (en forte hausse)
• En 2025, 35% de la population active a entre 50 et 64 ans
• D'ici 2050, un actif sur trois aura plus de 55 ans
La réforme des retraites de 2023 a mécaniquement allongé les carrières. Mais au-delà des chiffres, c'est le regard sur cette période qui évolue. De plus en plus de personnes ne veulent plus simplement « tenir jusqu'à la retraite ». Elles veulent que ces années aient du sens.
Le revers de la médaille : la France reste en retard sur ses voisins européens (60,4% vs 65,2% en moyenne UE). Et surtout, 64% des personnes interrogées considèrent qu'avoir plus de 50 ans est un handicap aux yeux des recruteurs (baromètre Landoy-Ifop 2024). Le chômage de longue durée touche davantage les seniors : 60% des demandeurs d'emploi de plus de 55 ans le sont depuis plus d'un an.
Ce que cela signifie concrètement : si vous êtes en poste, vous avez un avantage. Si vous cherchez à bouger, la stratégie compte plus que jamais. Dans les deux cas, subir n'est pas une option viable.
Pourquoi ces années sont stratégiques
On parle souvent de « fin de carrière » comme d'une période de déclin. C'est une erreur de cadrage.
5 à 12 ans, c'est long. Assez pour se reconvertir complètement. Assez pour lancer une activité. Assez pour changer trois fois de poste. Ce n'est pas une parenthèse — c'est une phase de carrière à part entière.
Vous avez des atouts spécifiques. Expérience sectorielle, réseau constitué, compétences managériales ou techniques éprouvées, capacité à prendre du recul. Ces éléments ont une valeur — à condition de savoir les mobiliser.
Vous savez ce que vous ne voulez plus. À 55 ans, on a généralement une idée claire de ce qui nous use : le type de management, les environnements toxiques, les missions vides de sens, les trajets épuisants. Cette clarté est précieuse pour orienter la suite.
Les contraintes ont parfois évolué. Enfants autonomes, crédit immobilier terminé ou allégé, patrimoine constitué... Pour certains, c'est la première fois depuis 20 ans qu'une marge de manœuvre financière existe. Elle peut permettre de prendre des risques calculés.
Mais cette période est aussi celle où le coût de l'inaction augmente. Rester dans un poste qui ne convient plus pendant 7 ans a des conséquences : sur la santé, sur la motivation, sur l'image de soi.
Les 4 options pour réorienter sa fin de carrière
Quand on veut faire évoluer sa situation professionnelle après 55 ans, quatre grandes directions existent. Chacune a sa logique, ses avantages et ses exigences.
Option 1 : Rester, mais différemment
Le principe : vous restez chez votre employeur actuel, mais vous faites évoluer votre poste, vos conditions ou votre périmètre.
Exemples concrets : passage à temps partiel (80%, 4/5e), télétravail accru, mobilité interne vers un poste moins exposé, évolution vers un rôle de référent/formateur/mentor, retraite progressive (cumul emploi partiel + pension partielle dès 60 ans).
Pour qui : ceux qui aiment leur entreprise ou leur métier mais sont usés par le rythme, la pression ou certaines tâches. Ceux qui veulent alléger progressivement sans rupture.
Ce que ça demande : une négociation avec l'employeur, une connaissance des dispositifs existants, une capacité à formuler clairement ce que vous voulez (et ce que vous apportez en échange).
Option 2 : Changer d'environnement, pas de métier
Le principe : vous exercez le même métier (ou proche), mais dans un contexte différent : autre entreprise, autre secteur, autre taille de structure.
Exemples concrets : passer d'un grand groupe à une PME (ou l'inverse), changer de secteur d'activité, rejoindre une structure à impact (ESS, associations), passer du privé au public (ou l'inverse).
Pour qui : ceux qui aiment leur métier mais plus leur environnement. Ceux dont les compétences sont transférables et recherchées.
Ce que ça demande : identifier clairement ce qui ne va pas dans l'environnement actuel (pour ne pas reproduire), savoir valoriser son expérience auprès de nouveaux interlocuteurs, accepter parfois un ajustement salarial.
Option 3 : Se reconvertir
Le principe : vous changez de métier, parfois de secteur. Vous mobilisez vos compétences transférables vers une nouvelle activité.
Exemples concrets : un cadre commercial qui devient formateur, une responsable RH qui se reconvertit dans le coaching, un ingénieur qui passe à l'expertise judiciaire, un manager qui reprend une activité artisanale.
Pour qui : ceux qui ne trouvent plus de sens dans leur métier actuel, ceux qui ont un projet précis ou une passion à explorer, ceux qui veulent aligner leurs dernières années avec leurs valeurs.
Ce que ça demande : un travail approfondi d'identification des compétences transférables, une validation du projet (réalisme, marché), parfois une formation, et une capacité à assumer une période de transition.
Option 4 : Créer son activité
Le principe : vous passez du salariat à l'indépendance : consulting, freelance, création d'entreprise, reprise d'activité.
Exemples concrets : devenir consultant dans son domaine d'expertise, créer une micro-entreprise, reprendre un commerce ou une activité existante, se lancer dans le portage salarial pour tester.
Pour qui : ceux qui veulent plus d'autonomie, ceux qui ont une expertise monnayable, ceux qui ont un projet entrepreneurial mûri, ceux qui veulent choisir leurs clients et leurs missions.
Ce que ça demande : valider la viabilité économique du projet, accepter l'incertitude, développer des compétences commerciales (trouver des clients), anticiper les aspects administratifs et financiers.
Comment choisir la bonne option
Face à ces quatre directions, le risque est de tourner en rond. De peser indéfiniment le pour et le contre sans avancer. Ou de se précipiter sur une option par défaut.
Les questions à vous poser :
1. Qu'est-ce qui ne fonctionne plus dans ma situation actuelle ? Est-ce le métier lui-même, l'environnement, le rythme, le management, le sens ? La réponse oriente vers des options différentes.
2. Quelles sont mes contraintes non négociables ? Niveau de revenus minimum, localisation géographique, équilibre vie pro/perso, santé... Ces contraintes éliminent certaines pistes.
3. Quel niveau de risque suis-je prêt à assumer ? Une reconversion ou une création demande plus de prise de risque qu'un aménagement interne. Ce n'est ni bien ni mal — c'est une donnée.
4. De quoi ai-je besoin pour décider ? Information sur le marché ? Validation de mes compétences ? Clarification de mes priorités ? Confrontation à la réalité d'un métier ?
Ces questions semblent simples. En pratique, y répondre seul est difficile. On manque de recul sur soi-même, on surestime certains obstacles, on sous-estime certaines ressources.
Le bilan de compétences : structurer sa réflexion
Un bilan de compétences est un dispositif encadré par le Code du travail. Son objectif : vous permettre de construire un projet professionnel réaliste et argumenté.
Ce qu'un bilan permet en fin de carrière :
Faire l'inventaire de vos compétences. Après 25 ou 30 ans de carrière, on a accumulé des savoir-faire qu'on ne voit plus. Le bilan permet de les formaliser, de repérer les compétences transférables, de mesurer ce qui a de la valeur sur le marché.
Clarifier vos priorités. Qu'est-ce qui compte vraiment pour vous dans cette dernière phase ? Revenus ? Sens ? Équilibre ? Autonomie ? Reconnaissance ? Les réponses ne sont pas les mêmes pour tout le monde.
Explorer des pistes concrètes. Le bilan inclut des enquêtes métiers : vous allez à la rencontre de professionnels qui exercent les activités qui vous intéressent. C'est la meilleure façon de confronter une idée à la réalité.
Construire un plan d'action. Le bilan ne s'arrête pas à un diagnostic. Il aboutit à un projet et aux étapes concrètes pour le réaliser : formation éventuelle, démarches, calendrier.
Important : un bilan de compétences n'est pas une « préparation à la retraite ». C'est un outil pour construire un projet professionnel — que ce projet soit une reconversion, une évolution, une création d'activité ou une poursuite d'activité aménagée.
Chez RH Talents, nous accompagnons régulièrement des personnes en fin de carrière. L'expérience accumulée est un levier, pas un obstacle. Notre rôle est de vous aider à la formaliser, à identifier les pistes qui correspondent à vos aspirations, et à construire un projet réaliste.
Le bilan peut être réalisé en ligne (toute la France) ou en présentiel à Sophia Antipolis, à votre rythme, en toute confidentialité. Il est finançable via le CPF.
Le coaching de carrière : passer à l'action
Si vous savez déjà ce que vous voulez mais que vous avez besoin d'aide pour y arriver, un coaching de carrière peut être plus adapté qu'un bilan.
Le coaching est pertinent quand :
• Vous avez un projet clair mais vous bloquez sur la mise en œuvre
• Vous devez préparer une négociation avec votre employeur (aménagement, rupture conventionnelle)
• Vous voulez structurer une recherche d'emploi ou une démarche commerciale (consulting)
• Vous avez besoin d'un regard extérieur pour lever des freins
Le coaching RH Talents est un accompagnement intensif et ciblé, adapté aux cadres et profils expérimentés.
Les dispositifs à connaître
Plusieurs dispositifs spécifiques existent pour les seniors en transition professionnelle :
La retraite progressive permet, dès 60 ans, de travailler à temps partiel tout en percevant une partie de sa pension. C'est une façon d'alléger le rythme sans rupture brutale.
Le cumul emploi-retraite permet de reprendre une activité après avoir liquidé sa retraite. Depuis 2023, cette activité peut générer de nouveaux droits à la retraite.
Le dispositif Atout Senior (généralisé en 2025) propose un parcours de formation et d'accompagnement pour les demandeurs d'emploi de plus de 50 ans.
Le Contrat de Valorisation de l'Expérience (CVE) est prévu pour les demandeurs d'emploi de plus de 60 ans (loi en cours d'adoption).
Ces dispositifs peuvent s'intégrer dans votre projet. Un accompagnement permet de les identifier et de les mobiliser efficacement.
À retenir
Vous avez entre 55 et 64 ans et il vous reste 5 à 12 ans de vie professionnelle. Cette période n'est pas une parenthèse à subir : c'est une phase stratégique où vous pouvez réorienter votre trajectoire. Quatre options s'offrent à vous : aménager votre poste actuel, changer d'environnement, vous reconvertir, ou créer votre activité. Le choix dépend de ce qui ne fonctionne plus, de vos contraintes et de votre appétence au risque. Un bilan de compétences permet de structurer cette réflexion et de construire un projet professionnel solide. Un coaching peut vous aider à passer à l'action.
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Sources
DARES (2025). Les seniors sur le marché du travail en 2024. Dares Résultats n°40.
INSEE (2025). Emploi, chômage, revenus du travail — Édition 2025.
Baromètre Landoy-Ifop (2024). Perception de l'emploi des seniors.
Sécurité sociale (2025). Améliorer le taux d'emploi des 55-64 ans.
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