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Multipotentiel : construire une carrière à plusieurs facettes

  • Photo du rédacteur: José PEREZ GABARRON
    José PEREZ GABARRON
  • il y a 6 jours
  • 5 min de lecture
Multipotentiel  construire une carrière


Vous n'arrivez pas à choisir une voie. Chaque fois qu'on vous demande ce que vous voulez faire, vous avez dix réponses, ou aucune. Vos centres d'intérêt changent, se multiplient, coexistent. Les conseillers d'orientation vous ont dit de vous "concentrer". Vous n'y êtes jamais arrivé.


Ce que vous vivez porte un nom : la multipotentialité. Et contrairement à ce qu'on vous a peut-être dit, ce n'est pas un problème à résoudre. C'est un profil à comprendre et à valoriser.


Ce qu'est la multipotentialité


Le terme a été popularisé par Emilie Wapnick dans son TED Talk et son livre "How to Be Everything". Il désigne les personnes qui ont de multiples intérêts et qui ne veulent pas (ou ne peuvent pas) se spécialiser dans un seul domaine.


Le multipotentiel s'oppose au spécialiste. Là où le spécialiste creuse une expertise unique, le multipotentiel explore plusieurs territoires. Ni l'un ni l'autre n'est supérieur. Ce sont des modes de fonctionnement différents.


Les caractéristiques du multipotentiel incluent la curiosité insatiable, l'enthousiasme pour la nouveauté, la capacité à faire des liens entre domaines différents, et souvent un ennui rapide une fois qu'un sujet est maîtrisé.


Ce profil est parfois appelé "scanner" (Barbara Sher), "généraliste", ou "homme/femme orchestre". Les termes varient, la réalité est la même.



Pourquoi le monde du travail traditionnel pose problème


Le modèle de carrière dominant reste linéaire : choisir une voie, s'y former, y progresser. Ce modèle convient aux spécialistes. Pour les multipotentiels, il est source de frustration.


Les fiches de poste demandent des expertises pointues. "Expert en X avec 10 ans d'expérience." Le multipotentiel qui a fait 3 ans de X, puis 3 ans de Y, puis 4 ans de Z ne rentre pas dans la case.


Les parcours "atypiques" sont souvent mal perçus. Changer de domaine plusieurs fois passe pour de l'instabilité, de l'indécision, un manque de sérieux. Les recruteurs se méfient.


La question "que faites-vous ?" devient piégeuse. Le multipotentiel ne peut pas répondre en un mot. Cette difficulté à se présenter simplement complique le réseautage.


Le besoin de variété passe pour un défaut. On attend de vous que vous vous "posiez", que vous "choisissiez enfin". Cette pression est épuisante.



Les forces du multipotentiel


Ce qui est perçu comme un défaut cache des atouts précieux.


La capacité à connecter des domaines distincts. Vous voyez des liens que les spécialistes ne voient pas. Cette vision transversale est précieuse pour l'innovation, la stratégie, la résolution de problèmes complexes.


L'adaptabilité. Vous avez appris plusieurs fois, dans plusieurs contextes. Vous savez vous adapter à du nouveau. Cette agilité est de plus en plus recherchée.


La rapidité d'apprentissage. À force d'apprendre, vous avez appris à apprendre. Vous maîtrisez plus vite que d'autres les bases d'un nouveau domaine.


L'enthousiasme communicatif. Votre passion pour ce que vous faites (même si elle change) est visible et entraînante.


La résilience face à l'obsolescence. Dans un monde où les métiers changent vite, être capable de se réinventer est un atout, pas un handicap.



Les modèles de carrière pour multipotentiels


Plusieurs architectures de carrière conviennent aux multipotentiels.


Le modèle "Group Hug" consiste à trouver un métier qui intègre plusieurs facettes. Un designer UX qui fait de la recherche, du graphisme et de la stratégie produit. Un consultant qui touche à plusieurs sujets selon les missions. Ces postes hybrides satisfont le besoin de variété.


Le modèle "Slash" consiste à avoir plusieurs activités en parallèle. Salarié à temps partiel + freelance + projet personnel. Cette combinaison permet de nourrir différentes facettes sans choisir.


Le modèle "Einstein" consiste à avoir un travail principal qui paie les factures et des passions à côté. Le travail alimentaire laisse de l'énergie pour explorer ailleurs.


Le modèle "Phoenix" consiste à changer de domaine tous les quelques années. Pleinement engagé dans un domaine, puis transition vers un autre. Ce modèle assume les changements comme partie intégrante du parcours.


Chaque modèle a ses avantages et ses contraintes. Le bilan aide à identifier celui qui vous correspond.



Ce que le bilan apporte aux multipotentiels



Valoriser la diversité du parcours. Le bilan ne cherche pas à vous faire rentrer dans une case. Il part de ce que vous avez fait, dans toute sa variété, pour en extraire des compétences et des fils rouges.


Identifier les constantes sous les variations. Même si vous avez changé de domaine plusieurs fois, des invariants existent : des types de tâches que vous aimez, des environnements qui vous conviennent, des valeurs qui vous guident. Le bilan les met en lumière.


Explorer les modèles de carrière possibles. Le consultant peut présenter les différentes architectures (slash, group hug, etc.) et vous aider à choisir celle qui correspond à votre situation.


Construire un discours cohérent. Le multipotentiel a souvent du mal à se raconter. Le bilan aide à construire un récit qui fait sens de la diversité, plutôt que de la subir.


L'Ikigai, souvent utilisé en bilan, peut aider à identifier l'intersection entre vos multiples passions, vos compétences et ce qui peut vous faire vivre.



Conseils pratiques pour multipotentiels


Quelques stratégies aident à naviguer professionnellement avec ce profil.


Assumer votre parcours plutôt que vous en excuser. Votre diversité est une force. Présentez-la comme telle, pas comme une suite d'erreurs.


Créer des ponts entre vos expériences. Quand vous expliquez votre parcours, montrez les connexions : ce que chaque étape a apporté à la suivante.


Chercher des environnements qui valorisent la polyvalence. Start-ups, petites structures, postes transversaux : ces contextes ont besoin de gens qui savent tout faire un peu.


Accepter que certaines passions restent des hobbies. Tout ne doit pas devenir un métier. Certains intérêts peuvent rester du plaisir pur, sans pression de rentabilité.


Prévoir des espaces de renouvellement. Si vous êtes dans un emploi stable, ménagez-vous des temps d'exploration : formations, projets parallèles, engagements bénévoles.



Le piège du "choisir enfin"


La pression à choisir une voie unique est forte. Résistez-y si elle ne vous correspond pas.


Choisir peut être une violence pour le multipotentiel. Renoncer à des parties de vous-même pour rentrer dans un moule génère de la frustration, voire de la souffrance.


Le monde change. Les carrières linéaires sont de moins en moins la norme. Votre profil, autrefois marginal, devient de plus en plus pertinent.


Votre modèle de réussite n'est pas celui des autres. Comparer votre parcours à celui d'un spécialiste n'a pas de sens. Vous jouez un autre jeu.


Savoir ce qu'on veut n'implique pas de vouloir une seule chose. On peut vouloir plusieurs choses, et construire une vie qui les intègre.



Questions fréquentes


La multipotentialité est-elle un trouble ?

Non. C'est un mode de fonctionnement, pas une pathologie. Elle peut coexister avec le HPI ou d'autres profils, mais elle n'est pas en soi un problème à traiter.


Comment expliquer mon parcours à un recruteur ?

Présentez vos changements comme des choix délibérés, non des échecs. Montrez les compétences transversales acquises. Insistez sur votre adaptabilité et votre capacité d'apprentissage rapide.


Dois-je cacher ma multipotentialité en entretien ?

Pas nécessairement. Certains recruteurs recherchent précisément des profils polyvalents. Adaptez votre discours au contexte, mais n'ayez pas honte de qui vous êtes.


Peut-on devenir multipotentiel ou l'est-on depuis toujours ?

La plupart des multipotentiels le sont depuis l'enfance. Mais la conscience de ce profil peut arriver tard, parfois après des années à essayer de rentrer dans un moule qui ne convenait pas.

 
 
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